Ça ne loupe pas.
À chaque stage, j’ai droit à cette question : « Au fait Gauthier, sais-tu pourquoi il y a si peu de femmes qui jouent du didgeridoo ?! »
Je vous propose donc d’analyser d’un peu plus prêt cette situation qui questionne tant !
Une majorité d’hommes sur Wakademy
Tout d’abord, je vous partage les chiffres que j’ai en ma possession. Que ce soit les membres de Wakademy, les élèves qui viennent en stages, les personnes qui me suivent sur Facebook, les followers sur Insta ou les abonnés YouTube, le constat est globalement le même et les chiffres tournent autour d’un ratio commun :

Sans vouloir faire de la population de Wakademy une vérité absolue, on peut facilement affirmer que le monde du didgeridoo est majoritairement composé d’hommes.
Des causes liées au didgeridoo ?
La tradition Aborigène ?
Dans la plupart des communautés Aborigènes d’Australie, il est vrai que le didgeridoo est un instrument réservé aux hommes.
Vous pouvez d’ailleurs écouter l’interview d’Adèle Blanchin qui nous parle des difficultés qu’elle a connu (et connait encore) en tant que joueuse de didgeridoo.
Ce facteur est certainement à prendre en compte.

Uluru, comme le didgeridoo, est devenu un symbole pour les cultures des Aborigènes d’Australie
Cependant, il a probablement plus d’influence en Australie qu’en Europe ou aux États-unis (les deux principaux foyers de joueur.euse.s de didgeridoo).
Outre le fait qu’il soit d’évidence, bien moins confortable d’être une femme plutôt qu’un homme dans ce contexte, je ne pense pas que l’on puisse expliquer l’observation des chiffres cités ci-dessus par cet unique fait.
Continuons donc.
Un instrument phallique ?
Pas besoin d’être psychanalyste pour rapidement déduire que le didgeridoo a plutôt une forme évocatrice !
Il suffit d’entendre les blagues quasi universelles, certes un peu lourdes, qui rapprochent notre bon vieux didgeridoo à un phallus (ou a un énorme joint… ?).
Aussi, je ne me risquerais pas sur cette question psychanalytique, dont je doute qu’elle puisse justifier le fait que les hommes soient plus attirés par le didgeridoo que les femmes !
Pour le moment, force est de constater que nous n’avons pas d’explications valables pour expliquer le phénomène. Élargissons donc notre horizon en allant jeter un œil dans le vaste monde de la musique.
La place des femmes dans le monde de la musique
Je vous propose de faire une petite expérience.
Rappelez-vous les derniers concerts où vous êtes allé (bon ok ça fait un bail !), ou la composition de votre groupe de musique préféré, ou encore le dernier clip que vous avez regardé, le dernier morceau que vous avez écouté…
Ne remarquez-vous rien ?
- Combien de femmes étaient sur scène ?
- Combien d’entre elles étaient batteuses ?
- Combien d’autres étaient bassistes ? Guitaristes ? Chanteuses ?
Et j’en passe…
Il est tellement courant d’avoir des groupes (quasi) exclusivement masculin que l’on ne se rend même plus compte de la scène qui se joue devant nous !
Maintenant, si je vous demandais de me donner trois noms de compositeurs de musique classique ?
Vivaldi, Bach, Mozart, Beethoven, Debussy, Tchaikovsky, Stravinsky ne sont que des exemples parmi tant d’autres… ! Le pire, c’est que je n’aurais même pas à préciser de ne citer que des hommes…
Vous conviendrez que l’exercice devient presque impossible si je vous demandais de ne citer, ne serait-ce, qu’une femme compositrice !
Je vais quand même le faire : Clara Schumann (oui c’est la femme du célèbre compositeur, et le simple fait de le préciser ne renforcerait-il pas, encore un peu plus, le déséquilibre dont cet article voudrait se faire l’écho ?!).
… Et on ne parle ici que de musique…
Oui.
Ça craint.

L’occasion de mettre en avant des femmes au merveilleux talent : la chanteuse Cesaria Evora
Les femmes sont sous-représentées dans la plupart des domaines, et particulièrement dans celui de la culture…
Femmes et musiques actuelles : des chiffres effarants
J’avais déjà observé tout cela depuis plusieurs années mais, pour préparer cet article, je me suis dis que j’allais me baser sur des faits.
J’ai donc lancé mes petites recherches pour étayer mon propos. Et je suis tombé, entre autre, sur le mémoire de fin d’études de Mathilde Pakette (« Femmes et musiques actuelles : constat, analyse et clés de compréhension d’un secteur inégalitaire »). Merci à Mathilde pour son travail qui m’a permis d’avoir des chiffres clairs sur le nombre de femmes dans le milieu des musiques actuelles.
Une petite précision : qu’entendons-nous par musiques actuelles ?
Plutôt que de vous donner une définition personnelle trop imprécise, je me permets de copier-coller celle de Mathilde Pakette tiré de son mémoire :
Les « musiques actuelles » (…) englobe quatre grandes familles musicales :
- le jazz et les musiques improvisées
- les musiques traditionnelles et les musiques du monde
- la chanson
- les musiques amplifiées (qui utilisent l’amplification électrique comme mode de création) elles-mêmes divisées en trois sous-familles :
- le rock, blues, country, pop, fusion, métal, indus, hardcore, punk… ;
- le Hip Hop, R’n’B, ska, reggae, ragga, dub, funk…;
- les musiques électroniques.
Voilà donc de quoi représenter une bonne partie de ce qui se fait en musique à notre époque !
Et voici les chiffres tirés, eux aussi, du travail de Mathilde Pakette.
Attention, c’est renversant.
- 8 % de femmes ont remporté une Victoire de la musique entre 1985 et 2015
- En Île-de-France, sur les programmations de 15 lieux de musiques actuelles analysées, on ne trouve sur scène que 12,96 % de femmes.
- … dont 7,4 % de femmes lead/artiste principale
- … et 5,4 % d’instrumentistes
- 10,2 % de femmes fréquentent les studios de répétition de ces (mêmes) lieux.
- Dans les dispositifs d’accompagnement portés par les réseaux musiques actuelles franciliens, parmi les 127 groupes et 507 artistes accueillis, 12 % seulement sont des femmes, dont 7 % d’instrumentistes.

Ces chiffres sont à remettre dans leurs contextes, mais ils sont tout de même très parlants !
Aïe.
Continuons.
Dans cet article de France 24 titré « Dans l’industrie de la musique, les inégalités entre hommes et femmes s’accentuent », nous retrouvons des chiffres très similaires dans la musique populaire américaine :
- En six ans, jamais une seule femme n’a été nommée dans la catégorie « producteur de l’année » aux Grammy’s. Et lorsqu’on élargit aux cinq catégories les plus prestigieuses de cette cérémonie culte, les femmes ne représentent que 9,3 % des artistes nommés.
- En 2017, parmi les 100 chansons les plus populaires (…) moins de 17 % sont interprétées par des artistes féminines.
- Parmi les 600 chansons à succès qui ont rythmé ces six dernières années (2012-2017), seul 12,3 % ont été écrites par des femmes et 2 % produites par des femmes.
Bon…
On en parle ? ?
Ce que j’ai appris de l’interview de Macron sur Brut
« Mais ? », me direz-vous, que vient faire bibi dans cet article ?!
Pas de panique, je m’explique.
L’autre jour, j’ai regardé l’interview donné par Mr Macron sur Brut pour observer la dialectique politicienne. Un exercice que je trouve assez fascinant a bien des égards.
Mais, ça n’est pas tant cet aspect qui a retenu mon attention que ce qui c’est passé sur le plateau de Brut. Face au président, trois journalistes : deux hommes et une femme.
Hé bien, vous savez quoi ?
En 2h40, la femme a très (très, très) peu parlé. Et cerise sur la gâteau, elle s’est même faite discrètement rembarrée par son collègue journaliste lorsqu’elle a voulu poser une question.
C’est discret.
C’est rapide.
On ne le voit à peine.
Mais c’est bien là.
Inutile de préciser que ce même journaliste ne s’est pas permis de faire la même chose avec son autre collègue.
Ma soeur qui est docteur en psychologie sociale (spécialiste sur le sujet des micro-discriminations et micro-agressions) me l’avait pourtant bien dit : « Statistiquement, une femme sur un plateau télé parle moins que les hommes présents sur ce même plateau. »
Flûte. Les statistiques avaient raison.
Et vous vous doutez bien que ceci est une infime partie d’un ensemble bien plus vaste et pernicieux…
Un conditionnement qui a la peau dure
Le soucis d’un conditionnement c’est justement que c’est un conditionnement.
Par définition, on ne se rends compte de rien, sinon on ne serait plus conditionné.
Et ça fonctionne évidemment pour les deux côtés : hommes et femmes.
Nous sommes tous conditionnés, qu’importe notre sexe, qu’importe notre genre. Bien évidemment, il existe des degrés plus ou moins forts. Mais ce constat permet de mieux comprendre nos fonctionnements respectifs en prenant en compte la partie inconsciente de certains de nos mécanismes.
Par exemple, dans notre société les femmes sont plus enclin à la discrétion et à rester en retrait, là où les hommes vont plus facilement de l’avant et s’imposent plus…
Aussi, loin de moi l’idée de jeter la pierre sur ce journaliste, ni de juger ou donner des leçons aux hommes comme aux femmes sur tout autre sujet !
Cependant, je souhaiterais partager avec vous mon expérience, afin de pointer du doigt le risque le plus important à mes yeux.
Le clivage et la stigmatisation
Je suis né dans un corps masculin blanc, dans un pays que l’on appelle la France. J’ai eu la chance de recevoir une éducation m’éveillant à la culture, aux respects de l’autre et aux questionnements philosophiques.
Autrement dit, dans la société qui est la notre, je suis né favorisé.
Alors, je me suis renseigné.
J’ai écouté des podcasts féministes. J’ai tâché de comprendre la place des femmes (et je continue). Je me remets en question en tant qu’homme. Bref, années après années, j’essaye de prendre conscience du conditionnement qui est le mien.
Et pourtant !
J’ai réalisé depuis peu que je portais en moi quelque chose qui me pesait : la culpabilité d’être un homme. Le mâle blanc dominant semble en effet, avoir commis toutes les horreurs possibles : les guerres, la destruction du monde, les violences conjugales, les meurtres…
Difficile, quand on a conscience de sa place d’homme, de ne pas se sentir coupable. Surtout, et je dois bien l’admettre, face aux discours de certaines féministes.
Bien sûr, je ne souhaite pas cliver d’avantage avec mes propos. Il est évident qu’il reste encore beaucoup à faire. Les chiffres parlent d’eux-mêmes et je ne remets pas en question cela.
Mais je crois que, si d’un côté, de nombreuses femmes semblent en colère contre les hommes, la plupart des hommes eux, semblent avoir peur des femmes. Et je m’inclus tout à fait dans ce groupe.
Et si les femmes acceptaient leur colère pour prendre leur place ?
Et si les hommes acceptaient leur peur pour poser les armes ?
Parfois, je me prends à rêver d’une société où les femmes ne seraient plus des princesses, et les hommes ne seraient plus des princes, où les femmes ne seraient plus des victimes et les hommes des oppresseurs. Une société où chacune et chacun tacherait au quotidien, de comprendre un peu plus ses propres conditionnements.

La chanteuse Camille
Nous sommes des femmes.
Nous sommes des hommes.
Nous sommes des êtres humains.
Peu importe notre sexe, notre genre, notre couleur de peau, notre classe sociale, nos origines… Il est urgent, dans le monde qui est le notre, de façonner nos vies à l’image de qui nous sommes vraiment.
C’est le fameux « Qui suis-je ? ». Vaste question posée depuis la nuit des temps et, dont vous l’aurez compris, le didgeridoo n’est qu’une infime partie de la réponse.
Et vous comment vous positionnez-vous sur ces questions ? Que pensez-vous de ces sujets si sensibles qui façonnent notre époque ? Si vous souhaitez soutenir cette cause, partagez et commentez !
Crédit photo principale (joueuse sur la photo : Lies Beijerinck) : La république des pyrenees










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