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Backpressure et didgeridoo : et si on se trompait de débat ?

Gauthier Aubé jouant du didgeridoo
  1. Écoutez l’épisode

    15 min

Si vous jouez du didgeridoo, vous avez forcément déjà entendu ce mot : backpressure (ou retour de pression en français). Peut-être même que vous avez choisi votre instrument en fonction de ce critère. En effet, de prime abord, il semble expliquer à lui seul (et de façon très simple) beaucoup de choses :

  • une backpressure élevée = un didgeridoo facile à jouer
  • une faible backpressure = un didgeridoo difficile, gourmand en air

Mais… cette simplicité apparente ne serait-elle pas simpliste ?

Dans cet article, j’aimerais remettre un peu de nuance, et surtout poser une question de fond : et si, en se concentrant sur la backpressure, on ne passait pas à côté de l’essentiel ?

En avant toute !

La backpressure, ou la consommation d’air de votre didgeridoo

La backpressure, c’est la résistance de la colonne d’air quand vous soufflez dans votre didgeridoo.
Plus cette résistance est élevée, plus vous avez l’impression que l’instrument “vous renvoie” de la pression. Résultat :

  • vous consommez moins d’air
  • le volume sonore est élevé
  • l’instrument paraît “facile à jouer”

Et c’est bien pour toutes ces raisons que beaucoup de joueurs et joueuses recherchent une backpressure élevée. On semble tout simplement moins s’essouffler avec un tel instrument !

Mais prenez garde, cette recherche a un coût… Et pour comprendre ce “problème”, il nous faut d’abord distinguer les deux grandes formes de didgeridoos.

Deux grandes familles de didgeridoo

1. Les didgeridoos coniques

Yoon sur un didgeridoo conique avec un jeu puissant !

Ce sont les plus répandus aujourd’hui dans le monde (à l’exception de la France). Leur colonne d’air commence à environ 30 mm (attention, je ne parle pas ici de l’embouchure, mais du diamètre de départ du didgeridoo une fois l’embouchure retirée), et leurs pavillons sont souvent larges et évasés (un peu comme une trompette). Cela donne des caractéristiques très spécifique :

  • une backpressure naturellement élevée, donc une faible consommation d’air
  • un son puissant
  • des basses présentes
  • une sensation immédiate de facilité

Ces instruments sont parfaits pour jouer des jeux dynamiques basés sur la langue. Ils sont souvent utilisés par les musiciennes et musiciens de rue car ils sonnent naturellement fort, sans amplification. Bref, ils sont puissants !

Mais cette puissance a ses contreparties (vous vous en doutiez !) :

  • le son manque parfois de clarté
  • du fait de leurs fortes basses, le spectre sonore peut paraître déséquilibré
  • l’instrument est “spécialisé” pour certains jeux de langue, mais sonne souvent moins bien pour d’autres techniques, comme celles autour des joues par exemple
  • amplifié, ce genre de didgeridoo peut vite devenir envahissant : les basses mangent tout

2. Les didgeridoos cylindriques

L’armée des orks, que je ne peux jouer que sur un didgeridoo ouvert

Le début de la colonne d’air de ce type de didgeridoo est aux environs de 50 mm, et leurs pavillons sont souvent moins coniques, donnant une forme globale plus cylindrique. Quant à leurs caractéristiques, elles sont tout simplement à l’opposé des didgeridoos coniques :

  • un son plus doux, plus mélodique
  • des harmoniques plus lisibles
  • parfaits pour les techniques de “joues” (wobbles, par exemple)

Mais attention, cette forme a aussi un coût ! Ces instruments sont souvent jugés “difficiles” car ils ont peu de backpressure et donc, vous l’aurez maintenant compris, une consommation d’air plus élevée.

Le piège : croire qu’une forme serait meilleure qu’une autre (oui, je suis tombé dedans aussi !)

Cela paraît évident à dire, mais rappelons qu’il n’existe pas :

  • de didgeridoo parfait
  • de forme supérieure à une autre
  • ni de critère magique sur lequel se baser uniquement

Il existe des instruments adaptés à des intentions différentes. C’est assez basique, mais ça vaut le coup de le rappeler !

Personnellement, pendant longtemps, je n’avais aucune affinité avec les formes coniques. J’étais attiré uniquement par les didgeridoos cylindriques et ouverts. Mais force est de constater que plus je découvre le jeu traditionnel (yidaki), plus je prends conscience des atouts des formes coniques.

Je réalise petit à petit combien chaque forme raconte son histoire.

Et c’est là que cette notion omniprésente de backpressure devient dérangeante : elle évince les autres critères.

La backpressure, le critère qui écrase tous les autres

Quand on choisit un didgeridoo uniquement pour sa backpressure, on risque de :

  • privilégier le confort immédiat (faible consommation d’air)
  • chercher une puissance sonore rapide (en perdant peut-être en qualité)
  • sacrifier d’autres notions comme la finesse, la dynamique ou les harmoniques… sur l’autel du confort !

Bref, on se concentre sur l’instrument. Obnubilés que nous sommes par ces histoires de backpressure, on finit par croire que c’est notre didgeridoo qui retient l’air pour nous.

Et c’est précisément là notre erreur !

Votre corps est votre instrument

Si vous devez retenir une seule idée de cet article, retenez celle-ci :

Tout part de votre corps. Pas du didgeridoo.

Je vais le redire, tellement c’est important :

TOUT part de votre corps. PAS du didgeridoo.

En comprenant ce principe de base, vous commencerez à vous concentrer sur les éléments essentiels qui ont un véritable impact sur votre son et votre jeu :

  • le pincement des commissures de vos lèvres
  • la gestion de votre souffle
  • la tonicité de votre colonne d’air

Avec ces leviers, vous avez un réel pouvoir d’action. Vous n’êtes alors plus “victime” de votre didgeridoo. Vous devenez acteur ou actrice de votre propre monde. C’est personnellement ce qui me motive dans l’enseignement du didgeridoo : vous guider vers la maîtrise du didgeridoo (j’en parle beaucoup dans mes formations en ligne, voilà pour la pub !).

Dans ce contexte, la notion de backpressure devient secondaire. Et le choix de votre didgeridoo n’est plus resserré uniquement sur cet aspect, mais s’ouvre naturellement sur ce que vous souhaitez raconter, ce que vous aimez, ce qui vous anime…

La vraie question à se poser

Nous voilà enfin à l’essentiel de cet article, et à la seule question qui compte :

Que souhaitez-vous raconter avec votre didgeridoo ? Et pour ce faire, de quoi avez-vous besoin ?

  • de puissance ?
  • de finesse ?
  • de groove ?
  • de respiration ?
  • de voix ?
  • de détente ?
  • de dynamique ?
  • d’harmoniques ?

Vous l’aurez compris, il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises réponses, mais bien un équilibre — parfois fragile — entre votre didgeridoo, vos envies, vos désirs et votre histoire.

En conclusion

La backpressure n’est pas inutile, loin de là ! Mais, à mon avis, en faire le critère principal, c’est passer à côté de l’essentiel.

Votre corps est l’instrument, votre didgeridoo l’amplifie. Vous avez le contrôle. Et quand vous comprenez ça… tout change.


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Pour aller plus loin dans la compréhension du didgeridoo

4 critères essentiels pour comprendre la psychologie de votre didgeridoo !

Pourquoi l’analyse des fréquences de votre didgeridoo va vous aider à mieux jouer !

Crédit photo : Olivier Trubert

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15 réponses à « Backpressure et didgeridoo : et si on se trompait de débat ? »

  1. Avatar de 23rainita
    23rainita

    Bonjour Gauthier. Je suis au Pérou et j’apprends à jouer avec tes cours en ligne. Merci d’abord pour ta patience et ta clarté. Ça m’aide beaucoup. J’ai une question. Je peux jouer de l’instrument (j’ai un airdidge) et je fais facilement la respiration circulaire. J’ai remarqué que mes lèvres ne vibrent que quand elles touchent l’embouchure, pas avant et pas après, quand j’éloigne les lèvres de l’embouchure. Si je fais vibrer mes lèvres avant de toucher l’embouchure et en jouant, j’utilise beaucoup d’air et le son n’est pas du tout lisse. Est-ce que je fais quelque chose de mal? Merci encore pour ton aide

    Traduit automatiquement de l’anglais · Voir l’original

    Hello Gauthier. I’m in Peru, learning to play with your online lessons. First of all thank you for your patience and clarity. It’s helping me a lot. I have a question. I can play the instrument (i have an airdidge) and i can easily do the circular breathing. I noticed my lips only buzz when they touch the mouthpiece, not before and not after, when i remove the lips from the mouthpiece. If i buzz my lips before touching the mouthpiece and while playing, i use a lot of air and the sound is not smooth at all. Am i doing something wrong? Thank you again for your help

    1. Salut ! Je viens de te répondre par email, tu peux m’envoyer une vidéo par WhatsApp. Ce sera plus clair pour moi. 🙂 Et c’est cool de t’avoir au Pérou !

      Traduit automatiquement de l’anglais · Voir l’original

      Hi! I juste answered you by email, you can send me a video WhatsApp. It will be clearer for me. 🙂
      And nice to have you in Peru!

  2. Avatar de Pierre-Yves Bour
    Pierre-Yves Bour

    Hello Gauthier et tous.
    Merci pour tes analyses.
    J ai 2 didg Colas un large do et un conique do#.
    Effectivement le conique paraît plus flatteur, et jouer plusieurs jours avec rend plus difficile le retour au large.
    Je prends du plaisir avec les 2 , mais pour faire une petite demo à des copains néophytes, je prends le conique qui ( avec mon niveau…) envoi du lourd et impressionne.
    Un constat amusant sur le conique : en sousvibration, si j’éloigne un tout petit peu les lèvres de l embouchure, on a l’impression qu elles sont  » aspirée » ou retenue par le didg.
    Amicalement
    Pierre-Yves

  3. Avatar de Valérie Thomas
    Valérie Thomas

    Bien agréable cette voix et précisions bien utiles ma foi… ; )

    Merci Gauthier d’autant d’implication et de passion : )

    1. Merci Valérie ! Je suis entrain de tomber amoureux de ce format audio, c’est tellement pratique pour diffuser ses idées !

  4. Avatar de Lorys Masson
    Lorys Masson

    Bonjour Gauthier, je crois que c’est la chose la plus constructive que j’ai entendu sur le didgeridoo. ?

    1. Avatar de jaime
      jaime

      Super Gauthier !!!
      Merci pour ce podcast, tu as raison c’est vraiment génial de pouvoir t’entendre comme ça comme à la radio.
      Et puis j’adore entendre ta vision des choses par rapport à cet instrument de magnifique qu’est le didgeridoo.
      Franchement j’en veux d’autres !!! j’en veux d’autres !!!
      Tu as une vision vraiment particulière de cet instrument.
      Tu me permets d’y voir autre chose qu’un simple bout de bois.
      J’ai adoré ton discours sur » l’instrument c’est vous »,  » se reposer sur le didgeridoo est une béquille »…

      Dans cette petite niche qu’est le didgeridoo, je trouve ça important de pouvoir partager nos visions, c’est tellement enrichissant !!!

      Encoreeeeeeee !!!!

      Gros bisous

      1. Merci Jaime ! Compte sur moi pour continuer !! 🙂

    2. Alors je vais essayer de continuer à papoter. 🙂
      Merci Lorys pour tes encouragements.

  5. Avatar de GERALD
    GERALD

    Bonsoir Gauthier,
    j’ai écouté ton podcast sur la backpressure. Tu nous en avais parlé lors de notre stage, suite à tes commentaires je me suis empressé à mon retour de stage de me fabriquer un didgeridoo cylindrique. C’est un SI longueur de 1m65 avec une cloche de 1O cm. Il est en aulne.

    Je suis habitué à jouer sur un conique et je me suis aperçu qu’il me fallait un certain temps d’adaptation pour jouer sur une forme cylindrique ! En effet, il ne suffit pas d’envoyer la pression tout au contraire il faut le travailler tout en finesse. Une fois que l’on a compris, il dégage un son envoutant et très agréable à jouer.

    En conclusion, si je peux me permettre, je ne crois pas que les coniques nous incitent à la paresse. Ils nous offrent un jeu complètement différent. Il est impératif au choix d’un didgeridoo de savoir ce qu’il en est.

    Me concernant, quand je suis allé chez Grégory pour en essayer plusieurs j’étais surpris de ne pas pouvoir sortir le bourdon sur certains didges. Mon choix a été simple, j’ai pris celui avec lequel je pouvais jouer. C’est seulement maintenant que je comprends pourquoi je ne pouvais pas avoir le bourdon. Avoir les deux formes me semble être la solution finale.

    1. Salut Gérald,
      Effectivement, tu as raison de mettre des nuances. Je suis toujours un peu tranché dans mes idées. Le didgeridoo conique a bien sûr de belles qualités. Et un didgeridoo équilibré est souvent le juste milieu entre ces deux formes.

      Dans tous les cas, avoir des didgeridoos franchement différents est très formateur. Ça permet de mieux se situer !

  6. Avatar de SaïSaï
    SaïSaï

    Hello Gauthier,
    Bah, c’est super tout ça Gauthier, super intéressant, sauf que pour moi c’est un peu trop tôt tout ça, j’en suis qu’à la page 60 de ton livre et j’arrive au bout de deux mois à avoir le souffle circulaire. Tout ça grâce à toi… et un petit peu a moi, car je m’y attèle tous les soirs. En tout cas j’avance tranquillement et merci pour tes conseils. Je suis toujours sur mon tube PVC, mais je kiffe tellement que je reviendrais vers toi pour quelques conseils pour un achat sérieux d’un vrai Didge à la rentrée et compte bien par la même occasion prendre les cours en lignes. j’ai préféré commencé par le PVC car je ne savais pas si j’allais y arriver, mais je tiens le bon bout. Merci encore.

    1. Très heureux de lire ton message SaïSaï ! Dès que je vois que je motive un joueur ou une joueuse à souffler, je suis vraiment heureux. 🙂

      Et c’est surtout grâce à toi que tu as le souffle, tu peux être fier de toi. C’est toujours un grand moment quand on passe des paliers comme celui-là !

  7. Avatar de olivier luis
    olivier luis

    Salut Gauthier,

    Analyse très intéressante et pertinente de surcroit….je me suis aperçu à travers ce sujet qu’en évoluant dans ma pratique , je n’ai quasiment plus que des formes cylindriques….Par ailleurs, on pourrait penser qu’une personne qui débute sera plus facilement mis en confiance avec une back pressure plus élevée en ce sens qu’elle peut accéder plus aisément à certaines sensations et une mise en confiance plus aisée, plus rapide….ceci étant, rappeler que le corps est le moteur et le didgeridoo l’écho de cet être, me semble très important, voire fondamental ….comme tu le stipule, jouer avec un didgeridoo où la colonne est plus ouverte, offre une infinité de potentialités (recherches, remise en question, …) sur le jeu. Maintenant, tout le monde n’est pas forcément sur cet axe de travail…..d’où une forme d’assurance et de repos sur un didgeridoo avec une pression élevée (vivre sur ses acquis)….en tous cas, merci pour ce podcast qui incite à la réflexion et la remise en question ! ou pas d’ailleurs…..Olivier

    1. Salut Olivier !

      J’y suis allé un peu fort. 🙂 Je précise quand même que la forme conique a de beaux avantages. Et bien sûr, tous les joueurs qui jouent cette forme ne sont pas des feignants ! 🙂

      C’est surtout le fait que les didgeridoos coniques représentent un énorme pourcentage de la production de didgeridoo… Plutôt dommage !

      Mais avec le temps, je vois que ça progresse beaucoup quand même. En 15 ans, les choses ont déjà beaucoup changées (au moins en France).

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