Si vous jouez du didgeridoo, vous avez forcément déjà entendu ce mot : backpressure (ou retour de pression en français). Peut-être même que vous avez choisi votre instrument en fonction de ce critère. En effet, de prime abord, il semble expliquer à lui seul (et de façon très simple) beaucoup de choses :
- une backpressure élevée = un didgeridoo facile à jouer
- une faible backpressure = un didgeridoo difficile, gourmand en air
Mais… cette simplicité apparente ne serait-elle pas simpliste ?
Dans cet article, j’aimerais remettre un peu de nuance, et surtout poser une question de fond : et si, en se concentrant sur la backpressure, on ne passait pas à côté de l’essentiel ?
En avant toute !
La backpressure, ou la consommation d’air de votre didgeridoo
La backpressure, c’est la résistance de la colonne d’air quand vous soufflez dans votre didgeridoo.
Plus cette résistance est élevée, plus vous avez l’impression que l’instrument “vous renvoie” de la pression. Résultat :
- vous consommez moins d’air
- le volume sonore est élevé
- l’instrument paraît “facile à jouer”
Et c’est bien pour toutes ces raisons que beaucoup de joueurs et joueuses recherchent une backpressure élevée. On semble tout simplement moins s’essouffler avec un tel instrument !
Mais prenez garde, cette recherche a un coût… Et pour comprendre ce “problème”, il nous faut d’abord distinguer les deux grandes formes de didgeridoos.
Deux grandes familles de didgeridoo
1. Les didgeridoos coniques
Yoon sur un didgeridoo conique avec un jeu puissant !
Ce sont les plus répandus aujourd’hui dans le monde (à l’exception de la France). Leur colonne d’air commence à environ 30 mm (attention, je ne parle pas ici de l’embouchure, mais du diamètre de départ du didgeridoo une fois l’embouchure retirée), et leurs pavillons sont souvent larges et évasés (un peu comme une trompette). Cela donne des caractéristiques très spécifique :
- une backpressure naturellement élevée, donc une faible consommation d’air
- un son puissant
- des basses présentes
- une sensation immédiate de facilité
Ces instruments sont parfaits pour jouer des jeux dynamiques basés sur la langue. Ils sont souvent utilisés par les musiciennes et musiciens de rue car ils sonnent naturellement fort, sans amplification. Bref, ils sont puissants !
Mais cette puissance a ses contreparties (vous vous en doutiez !) :
- le son manque parfois de clarté
- du fait de leurs fortes basses, le spectre sonore peut paraître déséquilibré
- l’instrument est “spécialisé” pour certains jeux de langue, mais sonne souvent moins bien pour d’autres techniques, comme celles autour des joues par exemple
- amplifié, ce genre de didgeridoo peut vite devenir envahissant : les basses mangent tout
2. Les didgeridoos cylindriques
L’armée des orks, que je ne peux jouer que sur un didgeridoo ouvert
Le début de la colonne d’air de ce type de didgeridoo est aux environs de 50 mm, et leurs pavillons sont souvent moins coniques, donnant une forme globale plus cylindrique. Quant à leurs caractéristiques, elles sont tout simplement à l’opposé des didgeridoos coniques :
- un son plus doux, plus mélodique
- des harmoniques plus lisibles
- parfaits pour les techniques de “joues” (wobbles, par exemple)
Mais attention, cette forme a aussi un coût ! Ces instruments sont souvent jugés “difficiles” car ils ont peu de backpressure et donc, vous l’aurez maintenant compris, une consommation d’air plus élevée.
Le piège : croire qu’une forme serait meilleure qu’une autre (oui, je suis tombé dedans aussi !)
Cela paraît évident à dire, mais rappelons qu’il n’existe pas :
- de didgeridoo parfait
- de forme supérieure à une autre
- ni de critère magique sur lequel se baser uniquement
Il existe des instruments adaptés à des intentions différentes. C’est assez basique, mais ça vaut le coup de le rappeler !
Personnellement, pendant longtemps, je n’avais aucune affinité avec les formes coniques. J’étais attiré uniquement par les didgeridoos cylindriques et ouverts. Mais force est de constater que plus je découvre le jeu traditionnel (yidaki), plus je prends conscience des atouts des formes coniques.
Je réalise petit à petit combien chaque forme raconte son histoire.
Et c’est là que cette notion omniprésente de backpressure devient dérangeante : elle évince les autres critères.
La backpressure, le critère qui écrase tous les autres
Quand on choisit un didgeridoo uniquement pour sa backpressure, on risque de :
- privilégier le confort immédiat (faible consommation d’air)
- chercher une puissance sonore rapide (en perdant peut-être en qualité)
- sacrifier d’autres notions comme la finesse, la dynamique ou les harmoniques… sur l’autel du confort !
Bref, on se concentre sur l’instrument. Obnubilés que nous sommes par ces histoires de backpressure, on finit par croire que c’est notre didgeridoo qui retient l’air pour nous.
Et c’est précisément là notre erreur !
Votre corps est votre instrument
Si vous devez retenir une seule idée de cet article, retenez celle-ci :
Tout part de votre corps. Pas du didgeridoo.
Je vais le redire, tellement c’est important :
TOUT part de votre corps. PAS du didgeridoo.
En comprenant ce principe de base, vous commencerez à vous concentrer sur les éléments essentiels qui ont un véritable impact sur votre son et votre jeu :
- le pincement des commissures de vos lèvres
- la gestion de votre souffle
- la tonicité de votre colonne d’air
Avec ces leviers, vous avez un réel pouvoir d’action. Vous n’êtes alors plus “victime” de votre didgeridoo. Vous devenez acteur ou actrice de votre propre monde. C’est personnellement ce qui me motive dans l’enseignement du didgeridoo : vous guider vers la maîtrise du didgeridoo (j’en parle beaucoup dans mes formations en ligne, voilà pour la pub !).
Dans ce contexte, la notion de backpressure devient secondaire. Et le choix de votre didgeridoo n’est plus resserré uniquement sur cet aspect, mais s’ouvre naturellement sur ce que vous souhaitez raconter, ce que vous aimez, ce qui vous anime…
La vraie question à se poser
Nous voilà enfin à l’essentiel de cet article, et à la seule question qui compte :
Que souhaitez-vous raconter avec votre didgeridoo ? Et pour ce faire, de quoi avez-vous besoin ?
- de puissance ?
- de finesse ?
- de groove ?
- de respiration ?
- de voix ?
- de détente ?
- de dynamique ?
- d’harmoniques ?
Vous l’aurez compris, il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises réponses, mais bien un équilibre — parfois fragile — entre votre didgeridoo, vos envies, vos désirs et votre histoire.
En conclusion
La backpressure n’est pas inutile, loin de là ! Mais, à mon avis, en faire le critère principal, c’est passer à côté de l’essentiel.
Votre corps est l’instrument, votre didgeridoo l’amplifie. Vous avez le contrôle. Et quand vous comprenez ça… tout change.
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Crédit photo : Olivier Trubert






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