Il y a quelque temps, j’ai reçu un message de Marine. Elle me disait, en substance : « Je ne sais plus trop où aller. J’ai beaucoup d’informations, j’ai besoin d’être guidée… mais j’aimerais aussi jouer des rythmes, me lâcher, trouver de l’inspiration. » Nous avons beaucoup échangé tous les deux, et je me suis dit que sa question méritait bien un article.
Car il y a, en gros, deux grandes manières d’apprendre le didgeridoo. La première, c’est de suivre une partition, de reproduire un rythme, un morceau. C’est très formateur, on s’habitue aux mécanismes d’un autre joueur ou d’une autre joueuse. Et puis il y a l’autre voie : se laisser porter par le son, par l’instrument. Le fameux lâcher prise.
« Lâche prise ! »… Oui, mais comment ?
Je vous l’avoue, je trouve que « lâcher prise » est un drôle de conseil. On le donne un peu trop facilement. « Lâche prise, t’inquiète, ça va aller ! » Merci, mais lâcher prise… de quoi, exactement ? Et si l’on n’y arrive pas, ça veut dire que c’est nous, le problème ? On fait porter toute la responsabilité à celui ou celle qui reçoit le conseil. Je trouve ça un peu injuste.
Pourtant, avec le didgeridoo, il existe un chemin bien structuré, et finalement assez facile à suivre, pour se laisser porter par l’instrument. Le voici, en trois étapes.
Étape 1 : oubliez le lâcher prise, et inspirez
La première chose à faire, c’est justement d’oublier le lâcher prise. Prenez votre didgeridoo, et inspirez. Inspirez, inspirez, inspirez. C’est tout !
Ne vous posez aucune question. Les joues gonflées ou dégonflées, le souffle fort ou léger, on s’en fiche. Vraiment. La seule chose qui compte, c’est d’inspirer régulièrement, un peu comme une personne qui fait son footing. Bien sûr, il faut avoir le souffle continu pour cela. Si ce n’est pas encore le cas, mon cours gratuit sur le souffle continu est là pour ça.
C’est ce que j’appelle le rythme naturel. Pour moi, c’est l’une des leçons les plus importantes qui soient de ma formation « L’art du didgeridoo« … et elle passe souvent presque inaperçue !
Pourtant, elle révèle qui vous êtes avec votre didgeridoo ! Ce que vous avez à raconter, là, aujourd’hui. Elle vous indique où vous en êtes sur votre chemin, les tensions que vous portez peut-être, la joie, la colère, la fatigue, la paix… ou tout ce qui vous anime sur le moment. Et cela peut changer d’un jour à l’autre. Car c’est ce qui est vivant en vous. Je ne connais rien de plus beau.
Étape 2 : gardez un œil sur la qualité de votre son
La deuxième étape n’en est pas vraiment une. C’est plutôt un point de vigilance. Votre son doit rester un minimum tenu. S’il s’effondre, vous allez vous épuiser, manquer d’air, et tout deviendra vite trop compliqué. Dans ce cas, pincez un peu plus les lèvres et retenez un peu plus d’air.
Pourquoi est-ce si important ? Parce que sans un son stable, vous n’aurez pas assez de clarté pour entendre ce qui se passe dans votre didgeridoo. Et il a tellement de choses à vous raconter, le petit pépère ! Encore faut-il pouvoir l’écouter. (Si votre son a tendance à se dégrader au fil du jeu, j’en parle en détail dans Votre son de didgeridoo se dégrade ? Voici comment le stabiliser.)
Étape 3 : laissez votre corps faire
Maintenant, laissez votre corps prendre les choses en main. En inspirant et en écoutant votre didgeridoo, des choses vont venir. Peut-être même un peu d’inconfort. Votre corps aura peut-être envie d’accélérer, de ralentir, de faire autre chose… On ne sait pas, et c’est très bien comme ça. Lors d’un stage à Lille, Benjamin avait eu cette jolie remarque : le corps compense tout seul. Et c’est tellement juste ! Votre corps fait le travail. Vous, vous n’avez qu’à rester attentif ou attentive à une seule chose : inspirer régulièrement. Comme dans la vie, d’ailleurs. N’oubliez jamais de respirer au risque d’avoir quelques pépins !
Pour vous aider, vous pouvez faire un petit scan de votre corps. Fermez les yeux, relâchez le visage, les épaules, le dos, les cuisses, les fessiers… Toutes ces tensions qui s’accumulent un peu partout finissent toujours par se glisser dans le son.
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« L’eau qui coule ne pourrit jamais. »
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La rivière de montagne
J’avais partagé une image avec Marine. Elle est un peu cliché, je vous l’accorde, mais je la trouve tellement vraie… Quand on apprend le didgeridoo, on rêve souvent d’un chemin bien droit, comme un canal, bien rectiligne qui file sans détour vers son but. Efficace, sans doute. Mais pas franchement poétique.
La rivière qui descend de la montagne, elle, fait tout l’inverse. Elle serpente, contourne les rochers, s’attarde dans un méandre avant de rejoindre la plaine, puis le fleuve, puis la mer.
Lâcher prise, c’est accepter les virages.
Accepter que ça prenne plus de temps que prévu, que quelque chose se mette en place doucement, qu’il s’ancre. Et ce n’est pas parce que c’est long que c’est ennuyeux ! Si vous restez à l’écoute, mille choses se passeront dans votre son.
Et si vous avez peur de lâcher prise ?
Je terminerai par une petite question. Vous n’avez pas à y réfléchir des heures, ce n’est pas le but. Mais posez-vous-la une fois, simplement : qu’est-ce qui me fait peur, dans le fait de lâcher prise ? Peut-être la peur de faire des erreurs ? De prendre de mauvaises habitudes ? Une réponse viendra peut-être… et vous pourrez la laisser repartir. Au moins, vous aurez mis un peu de conscience sur ce petit mécanisme.
Car au fond, c’est un peu comme la méditation : observer sa respiration, et être présent. Présent à quoi ? À votre son.
L’intuition, puis la conscience
Bien sûr, en vous laissant porter, vous retomberez souvent sur les mêmes schémas rythmiques. Et c’est très bien ! Plus vous les jouerez, plus ils deviendront naturels, et plus ils libéreront de place dans votre attention pour observer ce que vous faites. Mettre de la conscience sur ces gestes que votre corps vous offre spontanément, apprendre ces sons-là… C’est toute la clé de l’apprentissage du didgeridoo. J’en parlais déjà dans De l’intuition à la raison : le chemin pour devenir Gandalf au didgeridoo, si l’aventure vous tente. Et pour faire de ce moment une habitude, c’est le quatrième temps de ma routine d’entraînement en 4 temps.
Ce chemin, vous pouvez tout à fait le parcourir seul·e dans votre coin. Il est simplement long. Il m’a fallu une vingtaine d’années, nourries de nombreuses rencontres, pour comprendre vraiment tout ce qui se passait en moi quand je jouais. C’est justement pour vous aider à faire ce chemin un peu plus vite que j’ai créé L’art du didgeridoo, où le rythme naturel tient une place à part : vous aider à comprendre ce qui se passe à l’intérieur de votre corps pour mieux faire sonner, à l’extérieur, votre instrument.
Et vous, qu’est-ce qui vous retient de vous laisser porter ? Partagez-le en commentaire. Bon souffle à vous !









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