« Gauthier, je joue tous les jours, mais j’ai l’impression de tourner en rond… » Si vous saviez combien de fois j’ai entendu cette phrase ! En stage, en cours particulier, dans les messages que je reçois… Elle revient sans cesse. Et je la comprends tellement. Une fois le son de base trouvé et le souffle continu à peu près en place, on se retrouve un peu seul·e face à son tube. On souffle, on rejoue les deux ou trois rythmes qu’on connaît par cœur, et on attend patiemment que quelque chose se passe.
Pourtant, bien souvent, le temps passé sur l’instrument n’est pas en cause. C’est plutôt la manière de l’utiliser qui mérite qu’on s’y arrête un instant. Alors dans cet article, je vous partage une routine. Elle tient en 20 minutes et en quatre temps, chacun avec sa petite raison d’être. Vous allez voir, rien de bien sorcier, mais quand on comprend pourquoi on fait les choses, le didgeridoo nous le rend au centuple.
Le son et le souffle, les deux piliers de votre jeu
Avant de parler exercices, posons le décor. Tout ce que vous jouez repose sur deux choses : un son clair, qui rend vos rythmes lisibles, et un souffle régulier, qui leur donne vie. Si l’un des deux flanche, c’est tout l’ensemble qui boite. Chaque temps de la routine qui suit fait donc grandir les deux ensemble : un pas pour le son, un pas pour le souffle.
Et puisqu’on parle de routine, je me permets de rappeler un conseil que je répète depuis des années : mieux vaut jouer 10 minutes par jour que 3 heures tous les 15 jours. Le didgeridoo, c’est de la dextérité, bien sûr, mais c’est surtout tout un ensemble de muscles (lèvres, langue, joues, respiration) qui ont besoin de régularité pour se former doucement.
La routine en 4 temps
Temps 1 : échauffez-vous en douceur, à tempo lent (5 minutes)
Prenez votre didgeridoo et commencez tranquillement, avec un rythme lent, autour de 50 bpm. Inutile de chercher la complexité, un motif tout simple fera parfaitement l’affaire. Ce qui compte ici, c’est la qualité du son. Laissez vos inspirations s’espacer un peu (il faut que vous soyez à l’aise) et profitez de ce temps pour écouter votre bourdon : est-il clair, stable, bien posé ? Revient-il proprement après chaque respiration ?
À tempo lent, vous avez tout le temps d’entendre le moment où votre son se relâche… et de le rattraper.
Et les jours où votre didgeridoo est resté à la maison ? Il existe un exercice que m’a transmis William Thoren, un des meilleurs joueur américain qui a poussé très loin le jeu en sous-vibration : faites simplement vibrer vos lèvres, sans instrument. Sans didgeridoo, impossible de tricher, vous êtes obligé·e de bien pincer pour garder la vibration. Dans la voiture, en marchant, en faisant la vaisselle… il faut juste accepter de passer pour un doux rêveur ou une douce rêveuse. 😉
👉 Je vous montre cet exercice en vidéo dans l’article Un exercice pour progresser sans votre didgeridoo.
Temps 2 : accélérez peu à peu, sans vous arrêter (5 minutes)
Une fois votre son bien posé, accélérez petit à petit, jusqu’à 100 bpm environ. Les inspirations deviennent plus courtes et plus fréquentes, et tout l’enjeu est de garder la même qualité de son qu’au tempo lent. Et surtout, ne vous arrêtez pas au premier signe de fatigue : c’est en continuant à jouer, juste à ce moment-là, que l’endurance se construit. Trente secondes au début, c’est tout à fait normal !
👉 Si votre son s’effondre en cours de route, j’ai rassemblé mes astuces (et la vidéo) dans Votre son de didgeridoo se dégrade au fil du jeu ? Voici comment le stabiliser. Et si c’est l’air qui vous manque, relisez Ne vous arrêtez plus (au didgeridoo) !
Temps 3 : travaillez une technique, un organe à la fois (10 minutes)
Maintenant que vous êtes bien chaud·e, place à la technique ! Ici, une seule règle, mais elle change tout : travailler un organe à la fois. Quand on joue « un peu dans tous les sens », tout bouge en même temps (les lèvres, la langue, la gorge, le ventre) et le son devient vite un joyeux bazar. Alors on isole. La langue par exemple, avec les attaques en « t » et en « k ». Puis, le lendemain, on ajoute une petite couche, comme on monterait un millefeuille. Et toujours, dès le début, avec la respiration : c’est elle qui met le son en mouvement.
👉 Je vous explique tout, pas à pas, dans La bonne habitude qui vous fera progresser au didgeridoo
Aussi, un métronome ou une paire de claves pourront grandement à vous aider à ressentir la pulsation (j’en parle dans Didgeridoo et métronome, le duo indispensable).
Temps 4 : Laissez-vous respirer (5 à 10 minutes)
Les trois premiers temps font appel à l’analyse. Le quatrième, c’est tout l’inverse, et il est tout aussi précieux : laisser votre corps jouer.
Prenez un rythme tout simple, tranquille, et respirez régulièrement. Puis, sans vous arrêter de jouer, redescendez dans votre corps. Les épaules d’abord : sont-elles remontées ? La nuque, le visage… et ce petit espace entre les sourcils, qu’on fronce sans s’en rendre compte dès que le didgeridoo nous résiste un peu (ou même dans la vie d’ailleurs !). Relâchez tout. La seule tension à garder, c’est celle de la commissure de vos lèvres. Et si vous êtes encore un peu crispé·e, jouez à la moitié de votre puissance : vous gagnerez souvent en nuances.
Ensuite, écoutez. Mais vraiment, en profondeur ! Car finalement, lequel de vous deux a le plus à dire ? Écoutez le son de votre respiration, ce qui se passe entre deux respirations, juste avant, juste après… Il y a des sons, là, en arrière-fond, qui n’attendent qu’une chose : que vous les mettiez un peu plus en avant. Jouez avec le timbre, laissez votre langue glisser d’un « a » vers un « i », puis vers un « o », en petit dégradé. Si quelque chose bouge déjà un peu, bougez-le un peu plus. Inutile de chercher avec votre tête, suivez simplement votre son.
Et si rien ne vient ? Accélérez ! Au didgeridoo, il ne faut pas hésiter à jouer vite. Tournez le potard de la vitesse, en inspirant toujours à chaque cycle, avec des inspirations plus courtes et plus rapprochées. Vous allez voir, quand on accélère, quelque chose d’assez naturel arrive : votre WON peut se transformer en WA, un TON devient un waon… sans même que vous le vouliez.
Observez alors ce qui vient : vous pourriez vous mettre à ajouter de la voix, une voix grave qui vient soutenir le son… Parfois sans même vous en rendre compte ! D’autres fois, ce sont les wobbles qui arrivent et qui veulent se déployer. Ne les retenez pas, suivez-les. Ce qui vous limitera, ce sera surtout votre envie de contrôle 😉. Au passages, si vous voulez comprendre d’où viennent les wobbles, je vous explique tout dans mon cours gratuit sur les wobbles.
C’est là que les quatre temps se rejoignent. Ce que votre corps découvre tout seul au temps 4, vous pourrez ensuite l’observer, le comprendre et le travailler au temps 3. Cet aller-retour entre l’intuition et l’analyse, c’est pour moi toute la clé de l’apprentissage du didgeridoo (j’en parle ici dans l’explication de ma méthode).
👉 Pour aller plus loin, lisez l’article (avec la vidéo) : Lâcher prise au didgeridoo : la méthode en 3 étapes
Le petit bonus : enregistrez-vous
Une fois par semaine, enregistrez votre temps 4. Un téléphone suffit amplement. À la réécoute, vous découvrirez plein de choses que vous n’auriez pas entendu en jouant (pas facile de savoir ce qui sort vraiment de notre bout de bois !) : un son qui se fatigue, une respiration un peu trop bruyante… mais aussi, parfois, une idée de rythme géniale qui se serait envolée sinon. Si vous voulez aller plus loin, Adrien détaille son installation (enregistreur, micro, casque) dans son article Comment mon Zoom H4n m’aide à progresser au didgeridoo.
Quand on tourne en rond malgré tout
Il y a des périodes où plus rien ne vient. Ça m’arrive aussi, rassurez-vous ! Dans ces moments-là, je vais chercher ailleurs : j’écoute beaucoup de didgeridoo, je picore dans des vidéos de rythmes… et je reviens au temps 4, que j’allonge un peu.
👉 Mes trois pistes, en détail et en vidéo : Vous tournez en rond au didgeridoo ? 3 pistes pour trouver de nouveaux rythmes
Combien de temps faut-il pour progresser au didgeridoo ?
Ah, la fameuse question… Difficile d’y répondre, tant cela varie d’une personne à l’autre ! Pour le souffle continu, je peux tout de même vous donner un ordre d’idée : avec des exercices progressifs et une pratique régulière, la plupart de mes élèves le trouvent entre deux semaines et un mois. Certains en quelques jours, et très rarement, presque instantanément.
Et surtout, retenez ceci : si vous parvenez à enchaîner, même avec un petit « blanc » au moment de la respiration, alors vous avez le souffle continu ! Le reste n’est qu’une question de rodage, un peu comme une posture de yoga qui s’assouplit au fil des séances.
Pour tout ce qui fait la richesse de votre jeu, votre son, votre univers, le chemin est plus long, et c’est tant mieux. Il m’a fallu une vingtaine d’années, nourries de rencontres avec d’autres joueurs et joueuses, pour comprendre vraiment ce qui se passait dans mon corps quand je soufflais. Mais long ne veut pas dire ennuyeux, bien au contraire : c’est tout le plaisir du chemin.
Questions fréquentes
Combien de temps faut-il jouer du didgeridoo par jour ?
Dix minutes par jour, c’est déjà très bien. La régularité compte bien plus que la durée : dix minutes chaque jour vous feront davantage progresser que trois heures tous les quinze jours. Si vous disposez de 20 à 30 minutes, la routine en quatre temps présentée plus haut est idéale.
Peut-on progresser sans son didgeridoo ?
Oui ! L’exercice de vibration des lèvres sans instrument se pratique n’importe où et muscle exactement ce dont vous avez besoin pour un son stable. Écouter du didgeridoo vous fait aussi progresser, car on reproduit bien plus facilement ce que notre oreille connaît déjà.
Pourquoi mon son se dégrade-t-il au bout de quelques minutes ?
Le plus souvent, c’est la pression qui s’échappe après avoir gonflé les joues pour le souffle continu. Repincez la commissure des lèvres juste après chaque respiration. Une attaque bien franche (« to », « ko » ou kouf) peut aussi vous aider à replacer vos lèvres. Et continuez à jouer malgré tout, c’est comme ça que l’endurance se construit.
La paille et le verre d’eau, ça marche pour le souffle continu ?
Je ne le conseille pas spécialement. L’eau oppose très peu de résistance par rapport à un didgeridoo, l’exercice entraîne donc assez peu. Des exercices progressifs directement dans l’instrument sont bien plus efficaces, comme ceux que je propose dans mon cours gratuit sur le souffle continu.
Pour conclure
Progresser au didgeridoo, ce n’est pas forcément jouer plus, c’est jouer avec un peu plus d’attention. S’échauffer doucement, accélérer peu à peu, apprivoiser une technique après l’autre… puis tout laisser aller et écouter ce que l’instrument a à nous raconter.
Et puis, promettez-moi une chose : ne dites plus « je dois travailler mon didgeridoo ». Dites plutôt « j’ai envie de jouer mon didgeridoo » ! 😉
Tout ce que je vous partage ici, je l’ai mis plus de vingt ans à le comprendre, au fil des rencontres, des stages et de nombreuses heures à souffler. Si vous souhaitez avancer un peu plus vite sur ce chemin, c’est tout le sens de mes formations en ligne. Si votre souffle continu est encore fragile, L’art du didgeridoo vous donnera des bases solides : un son clair, une respiration qui devient une alliée, et vos premiers rythmes. Et si vous maitrisez la respiration circulaire, Le secret des 7 souffles vous aidera à sortir de vos habitudes et à découvrir toute la richesse des 7 souffles !
Et vous, à quoi ressemble votre routine ? Partagez-la en commentaire, elle aidera sûrement d’autres joueurs et joueuses. Bon souffle à vous !










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