Avez-vous déjà pris le temps d’observer tout ce qui bouge en vous quand vous parlez ? Les lèvres, la mâchoire, le bout, le milieu, ou le fond de langue, la gorge qui s’ouvre ou se resserre, les cordes vocales… Tandis que le ventre envoie l’air pour nourrir tout ça. Depuis tout petit, nous avons appris à parler, à mastiquer, à avaler, sans jamais vraiment observer ce qui se passait à l’intérieur. Et pourtant, tout fonctionne ensemble, comme un orchestre parfaitement millimétré sans même que l’on s’en rende compte.
Le didgeridoo, lui, nous invite justement à poser un regard sur cette petite sphère intérieure. Et c’est là que se cache, à mon sens, la bonne habitude qui fait toute la différence.
Le piège : jouer « un peu dans tous les sens »
Quand on ne sait pas trop vers où développer son jeu, on a tendance à tout bouger en même temps. On ajoute un peu de joues par-ci, un peu de langue par-là, la gorge s’en mêle… Et le résultat, je le vois très souvent en stage : ça ne sonne pas vraiment. On sent qu’il y a de l’énergie, de l’envie, mais le son reste brouillon, sans véritable structure. Bref, c’est un peu le bazar !
Ce n’est pas une question de talent. C’est simplement que chaque organe n’a jamais été travaillé pour lui-même. Alors quand on les mélange, ils se marchent mutuellement un peu sur les pieds.
Isoler chaque organe, comme les couches d’un millefeuille…
La bonne habitude, c’est d’apprendre à rendre chaque partie de votre corps indépendante des autres. J’aime bien l’image du millefeuille : votre son est fait de plusieurs couches posées les unes sur les autres.
Concrètement, voici l’ordre que je vous conseille si vous débutez.
Les lèvres d’abord. C’est la base de la base. Votre bourdon doit être propre et stable avant tout le reste. Tant que ce n’est pas le cas, laissez les autres organes tranquilles, vos lèvres ont besoin de toute votre attention. Si votre son vous résiste encore, l’article sur la pression devrait vous aider.
Puis la langue. C’est elle qui produit l’essentiel des sons au didgeridoo. Prenez les attaques en « t » et en « k », les joues bien dégonflées, et jouez « to-ko-to-ko »… sans rien ajouter d’autre. Juste la langue.
Puis les cordes vocales. Le cri aigu, par exemple (il intéresse tout le monde !) Là encore, on ne travaille que lui : un cri, puis on inspire. Un cri, puis on inspire.
Les joues, plus tard. Pour l’instant, elles ne servent qu’au moment du souffle continu.
…Mais jamais sans la respiration
Vous l’avez peut-être remarqué, chaque exercice ci-dessus garde la respiration avec lui. Ce n’est pas un hasard. Au didgeridoo, c’est la respiration qui met le son en mouvement et qui donne naissance au rythme. Une technique travaillée « à plat », sans respirer, devient bien souvent une seconde difficulté le jour où il faut la glisser dans le souffle continu.
Alors dès que vos « to-ko » sont à peu près compris, associez-les à une respiration. Un « ton » par exemple, en respirant dessus : « to-ko-to-ko-ton », « to-ko-to-ko-ton »… Et le lendemain, pourquoi ne pas ajouter un cri aigu sur le premier « to » ?
Vous venez de poser une deuxième couche sur votre millefeuille, sans perdre la première !
• • •
« Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement. »
• • •
Et ensuite, on mélange !
Une fois que vous avez travaillé chaque organe de son côté, quelque chose de très agréable se produit. Vous pouvez décider de mettre un peu de bout de langue, un peu de fond de langue, d’ouvrir la gorge, d’ajouter de la voix, de détendre ou de pincer les lèvres, de gonfler les joues… et cette fois, vous savez exactement ce que vous faites. C’est un peu comme si vous appuyiez sur des boutons pour actionner tel ou tel organe.
C’est ce contrôle qui va créer votre richesse sonore. Vos rythmes deviennent plus lisibles, plus riches, et vous commencez à sortir des sons que vous n’auriez jamais imaginés (à condition que vous ayez une bonne pression !). Les premiers mélanges ne seront pas forcément propres, rassurez-vous, c’est normal ! L’essentiel, c’est d’avoir commencé à travailler chaque couche indépendamment.
Deux temps de pratique
Attention tout de même à ne pas tomber dans l’excès inverse. Inutile de rester des mois sur vos lèvres ou sur vos « to-ko » ! Le risque, à force de ne travailler qu’une seule chose, c’est de ne plus savoir la relier au reste de votre jeu.
Je vous encourage donc à garder deux temps dans votre pratique. Un temps où vous isolez un organe, avec attention et patience. Et un autre où vous vous faites plaisir sans vous poser la moindre question. Les deux se nourrissent l’un l’autre, et c’est dans cet aller-retour que vous progresserez le plus.
Si vous vous demandez comment organiser tout ça au quotidien, j’ai rassemblé une routine complète dans l’article Comment progresser au didgeridoo : la routine d’entraînement en 4 temps.
Pour conclure
Le didgeridoo a ce petit pouvoir merveilleux de nous faire découvrir ce que nous faisons depuis toujours sans le savoir. Prendre le temps d’isoler chaque organe, c’est un peu réapprendre à se connaître, une strate après l’autre. Et c’est de cette connaissance que naîtra, petit à petit, votre propre son.
Cette manière de construire son jeu, organe par organe et toujours avec la respiration, c’est tout le cœur de ma formation L’art du didgeridoo, si vous souhaitez être accompagné·e pas à pas.
Et vous, quel organe vous donne le plus de fil à retordre ? Dites-le-moi en commentaire. Bon souffle à vous !









Laisser un commentaire
Vous devez vous connecter pour publier un commentaire.