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Dossier · Le souffle continu

Le souffle continu au didgeridoo : comment ça marche vraiment

Aaaah le souffle continu ! Cette légendaire et mystérieuse technique ! Quand on annonce qu’on souffle dans un didgeridoo, la question qui suit est immanquablement : « Ah oui ? Et tu as le souffle continu ?!? » Alors il est temps de lever le voile sur des mécanismes obscurs dont seuls les initiés avaient jusqu’à maintenant la primeur !

Gauthier Aubé joue du didgeridoo, assis en tailleur sur un tapis

Définition

Le souffle continu, qu’est-ce que c’est ?

La question que tout le monde se pose est : « Comment peut-on inspirer tout en expirant ?! C’est impossible ! » Rassurez-vous, oui, c’est tout simplement impossible.

Le souffle continu, ou respiration circulaire, permet aux musiciens de jouer en continu sans devoir s’arrêter pour reprendre de l’air. Son fonctionnement est identique à celui de la cornemuse, à la différence près que la réserve d’air n’est pas à l’extérieur du corps, mais dans la cavité buccale (dont le plus grand volume est obtenu joues gonflées). Le musicien utilise cette réserve pour continuer le bourdon pendant l’inspiration : il suffit de pousser l’air contenu dans la bouche pour, pendant ce temps-là, inspirer par le nez.

Et c’est précisément cette synchronisation qui pose souvent le plus de difficultés aux débutants.

Souffle continu ou respiration circulaire ? Les deux termes sont bons et désignent la même technique. Dans le monde du didgeridoo, on parle souvent de « RC » (pour respiration circulaire), tout simplement parce que c’est plus rapide à prononcer.

Le mécanisme

Les joues ou la langue ?

Pendant la phase d’inspiration, le musicien doit continuer à expulser de l’air pour maintenir le bourdon. Pour cela, il existe deux grandes manières de pousser l’air à l’extérieur, et donc de maintenir un filet d’air ininterrompu :

Les joues

C’est la technique la plus connue (mais certainement la moins jouée !) : on pousse l’air à l’extérieur grâce à elles.

La langue

Plus confidentielle, car notre langue travaille dans l’ombre : on a rarement conscience de ses mouvements. C’est pourtant elle qui fait le plus gros du travail, comme vous allez le voir.

Sous IRM : ce qui se passe dans la bouche

  1. Le joueur a besoin d’inspirer : il isole une réserve d’air de ses poumons. Pour cela, le fond de la langue vient se plaquer contre le voile du palais.
  2. L’inspiration a lieu : l’air rentre par le nez et va aux poumons. Au même moment, il expulse la réserve d’air contenue dans sa bouche.

Dans cette vidéo, Rodrigo Viterbo joue du didgeridoo dans une IRM. Au moment du WO (qui marque son inspiration), on voit son fond de langue se plaquer sur le voile du palais, puis partir vers l’avant pour chasser l’air de la bouche. L’expérience complète est sur son site (en anglais).

La grande erreur

Il existe donc une vraie confusion entre le rôle des joues et celui de la langue. Pour comprendre comment elle s’est répandue, prenons cette vidéo de Kenny G expliquant le souffle continu au saxophone. On voit très clairement que ses joues se gonflent très peu : c’est bien sa langue qui fait la grosse partie du travail, les joues ne sont qu’accessoires. Et pourtant, il nous explique pousser l’air avec ses joues ! En 2016, quand j’ai écrit ces lignes, la vidéo avait déjà été vue près de 600 000 fois : on comprend vite comment le malentendu a pu s’entretenir.

Bien sûr, je n’ai rien contre Kenny G. Cette vidéo est juste un exemple pris au hasard, il en existe de nombreuses autres.

La plupart du temps, c’est bien la langue qui joue le plus grand rôle dans le souffle continu !

De la plus grande réserve d’air à la plus petite

Un souffle continu pour chaque rythme

En regardant de plus près, on se rend compte que le joueur a plusieurs réserves d’air pour faire le souffle continu, de la plus grande à la plus petite :

Les joues

Elles offrent la plus grande capacité d’air : un son plus long, pour une inspiration plus grande.

Le fond de langue

Après les joues, c’est lui qui pousse la plus grosse quantité d’air (tout le volume entre le fond de la bouche et les dents). Il convient donc aux jeux plutôt lents.

Le milieu de langue

Un volume d’air restreint, donc une inspiration plus courte : le rythme devra être assez rapide, sous peine de petite coupure dans le son.

Le bout de langue

Uniquement pour les jeux rapides, du fait de la très faible quantité d’air à expulser.

Suivant les rythmes joués, on aura besoin de telle ou telle technique, et c’est là la vraie difficulté du souffle continu ! Un joueur prend vite l’habitude de n’en utiliser qu’une. Pourtant, jouer avec un seul souffle continu limite énormément les rythmes et les variations : un fond de langue sera presque toujours joué lentement, et un bout de langue vous enfermera dans des sons courts et des rythmes rapides, sous peine d’avoir un jeu haché.

Le but au didgeridoo est de chercher le maximum d’indépendance entre ces différentes parties.

Il sera ensuite possible de mélanger toutes ces techniques, exactement comme le peintre qui mélange les couleurs primaires pour obtenir une infinité de combinaisons. (Et si vous avez remarqué l’absence de la mâchoire, c’est voulu : elle n’est qu’une aide pour la langue.)

Avant de vous lancer

Préparez-vous au souffle continu

Un son bien stable

Quand vous soufflez dans votre instrument, le son ne part pas dans tous les sens : il est vraiment droit.

Un son vraiment fort

Le souffle continu est plus facile si vous avez un son sur lequel vous allez pouvoir vous appuyer.

Avec et sans les joues

Apprenez à gonfler vos joues et à les dégonfler. Pour le souffle continu, on va quand même souvent utiliser la réserve d’air qui est dans les joues.

Il faut prendre le temps de comprendre dans le corps et de se sentir avant même de l’adapter dans le didgeridoo.

Votre son n’est pas encore stable ? Commencez par mes conseils pour bien débuter.

Votre respiration

Vous manquez d’air ?

Si vous avez une sensation d’étouffement, d’inconfort, une tension notamment dans les épaules, il est fort probable que vous respiriez de la mauvaise manière pour jouer du didgeridoo. Trois indices :

  1. Votre nez. Vous l’entendez beaucoup quand vous inspirez (un peu, ce n’est pas très grave).
  2. Vos épaules. Avec la respiration ventrale, la cage thoracique ne bouge pas, ou quasiment pas.
  3. Votre ventre. Il se gonfle quand on inspire, c’est comme un ballon, et quand on souffle, le ventre rentre.

Quand vous comprenez la respiration ventrale, ça change tout.

Cours offert · 7 vidéos

Apprenez le souffle continu en 4 étapes

Pour la petite histoire, je me rappelle très bien du moment où j’ai compris le mécanisme. C’était quelques semaines après mes débuts. Un soir, couché dans mon lit, je tentais de suivre un exercice qu’on m’avait conseillé de faire sans didgeridoo. Je m’étais dit : « ok Gauthier, tant que tu n’auras pas compris ça, tu ne dormiras pas. » Après quelques heures à m’entraîner, j’avais réussi à inspirer par le nez tout en vidant mes joues… J’avais compris, et le soleil venait de se lever. Certainement une de mes plus belles nuits blanches !

Rassurez-vous, pas besoin d’y passer la nuit ! Je trouve ça important d’y aller étape après étape, tranquillement. Si je vous dis : « vous gonflez vos joues, puis vous inspirez en même temps », vous risquez de me détester en deux secondes ! Mon cours offert avance donc en 4 étapes : sans didgeridoo d’abord, puis avec.

Cours offert

Maîtrisez le souffle continu

  • 7 vidéos en 4 étapes

Ils ont franchi le pas

★★★★★

« J’ai réussi à maîtriser depuis mon salon les bases du didgeridoo. Grâce à la formation, j’ai pu franchir le pas du souffle continu et acquérir les sons de base. »

Cyril, L’art du didgeridoo

« La respiration circulaire est au centre de la formation et dès l’instant où l’on comprend que notre maîtrise du jeu dépend de notre respiration circulaire, souffler quotidiennement devient une évidence et surtout un PLAISIR ! »

Ivan, L’art du didgeridoo

« Je bloquais sur le souffle continu et suis repartie avec, au terme du premier stage de 2 jours avec toi, tel que tu me l’avais dit… Depuis, souffler est une joie, un enchantement. »

Valérie T., stage à Gimel-les-Cascades

Vos questions

Le souffle continu, c’est difficile ?

Commençons par le plus important : démystifiez la technique ! Le souffle continu est loin d’être une technique mystère, et croyez en vous, vous pouvez tout à fait y parvenir.

Finalement, quand on y pense, le souffle continu c’est :

  1. une réserve d’air dans les joues ;
  2. puis, pendant qu’on inspire avec le nez, on expulse cette réserve d’air.

Commencez donc par mettre le souffle continu à votre portée. Dites-vous : « Il y a des milliers de personnes qui ont réussi à faire le souffle continu, je ne vois pas pourquoi je n’y arriverais pas ! » Avec les bons exercices, je vous garantis que ça vient assez rapidement !

Combien de temps pour apprendre le souffle continu ?

Apprendre et maîtriser le souffle continu sous toutes ses formes demande des années. Mais la technique de base est rapidement accessible : avec de bons exercices et un son préalablement stabilisé, la plupart de mes élèves comprennent le mécanisme en 2 ou 3 cours. S’il vous reste un petit blanc mais que tout est synchronisé, c’est que vous l’avez : c’est juste une question de rodage. Parfois, cela peut prendre plus de temps, c’est vrai (quelques mois), mais avec une pratique régulière et les bons exercices, cela finit par arriver !

Peut-on travailler le souffle continu sans didgeridoo ?

Oui, et c’est même comme ça que je l’enseigne : sans didgeridoo d’abord, puis avec. C’est la première des quatre étapes de mon cours offert.

La paille et le verre d’eau, ça aide ?

J’ai rencontré quelques personnes que ça avait aidé. Mais l’eau dans un verre a très peu de résistance : avec un tout petit peu d’air, vous allez voir des bulles apparaître, alors que dans le didgeridoo, il faut envoyer beaucoup plus qu’un petit peu d’air. C’est donc un exercice que je ne conseille pas spécialement, mais tentez tout de même : on ne sait jamais, il peut vous provoquer un déclic !

Faut-il le souffle continu pour commencer ?

Il vaut mieux déjà commencer par le bourdon. En effet, vouloir à tout prix faire le souffle continu fait partie des cinq erreurs que la plupart des débutant·e·s font. Commencez par un son bien stable, bien droit, et apprenez à gonfler et dégonfler vos joues. Et en parallèle, vous pouvez travailler le mécanisme du souffle continu sans didgeridoo, puis l’adapter ensuite dans votre instrument.

Comment jouer un rythme au didgeridoo ?

Le souffle continu, c’est le squelette de la rythmique. La plupart du temps, on joue des sons et on respire après, comme quand on parle : au didgeridoo, c’est une erreur. Il faut prendre cette respiration, la découper en plein de petits bouts et la mettre à l’intérieur de votre rythmique : un son, une inspire, un son, une inspire. Des toutes petites inspires, comme si vous humiez le parfum d’une fleur. Je vous montre tout ça dans cette vidéo

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