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Depuis 2013, Le Didg to Didg a lieu chaque année. La bonne ambiance y est de mise et ses bénéfices sont nombreux sur la communauté du didgeridoo. Malgré cela, le format compétition de l’évènement engendre des pièges parfois difficiles à éviter… Comme de nombreux joueurs de didgeridoo, j’étais ce week-end à Poitiers pour la troisième édition du Didg to Didg. J’y suis allé en curieux pour me faire un avis sur un évènement dont je n’étais pas forcément convaincu. Bon ! Autant le dire tout de suite, même si j’ai été ravi de revoir certaines têtes (salut les copains :)) ces deux jours ne m’ont pas fait changer d’avis. J’ai écrit cet article pour partager avec vous, mes impressions et recevoir les vôtres. Car, si le Didg to Didg n’est pas ma tasse de WA, le rejeter en bloc serait ignorer les belles qualités qu’il a su apporter au monde du didgeridoo ! Petit tour d’impressions sur deux jours de battles !

Des avantages indéniables pour la communauté du didgeridoo…

Réunir et fédérer la communauté du didgeridoo

Sur terre (oui sur toute la planète terre !), le monde du didgeridoo reste très confidentiel. La France, qui est pourtant un des pays les plus actifs, ne compte que 3 festivals autour de notre cher instrument : Le rêve de l’Aborigène, L’arbre qui marche et le Tribal Elek. Didg to Didg vient donc compléter ce tableau. Comme tout rassemblement de passionnés, il permet de connecter, de réunir et de fédérer beaucoup de joueurs. Là où il devient intéressant, c’est qu’il connecte bien au-delà des frontières françaises. Cette année, c’est 9 nationalités qui étaient représentées. Et le mieux dans tout ça, c’est que ce nombre va croissants au fur et à mesure des éditions. À l’heure où les nations du monde se croisent et se cherchent, on ne peut qu’honorer ce genre d’initiative !

Didg 2 Didg : Quel est le principe ?

C‘est le même fonctionnement que les battles de Beat Box. L’évènement commence tout d’abord par les qualifications. Les 32 joueurs jouent chacun leur tour 3 minutes sur scène. À la fin de l’après-midi, 16 candidats sont retenus pour les 8 ème de finale qui se jouent le lendemain. Commencent alors les battles à proprement parler. Deux joueurs s’affrontent l’un contre l’autre en jouant deux sessions d’1m30 chacun. Le jury vote ensuite en se basant sur des critères comme l’originalité de la prestation ou encore la présence scénique. Un des deux joueurs est retenu pour les quarts de finale, le même principe s’appliquant jusqu’en finale.

Échanger et améliorer les techniques de didgeridoo

Je n’ai pas été aux deux premières éditions de Didg to Didg, mais à en croire la plupart des « habitués » le niveau à réellement augmenté d’année en année. Inutile donc de préciser que Didg to Didg, par son côté compétition, engendre une réelle motivation chez les joueurs à bosser leur instrument. La compétition a donc aussi ses qualités. Et le défi qu’elle propose reste (dans une juste mesure) une saine motivation pour travailler son didgeridoo ! De plus, Didg to Didg permet la rencontre, le beuf et l’échange. Enfin bref, le cocktail parfait pour progresser !

Créer une émulsion

Si en 15 ans, la France a connu cette grande vague de progression dans le didgeridoo, c’est grâce à l’émulation engendrée par un certain nombre de facteurs. En 2002, la première édition du rêve de l’Aborigène voyait le jour à Airvault. Un an plus tard, Lyon accueillait le premier rassemblement de joueurs de didgeridoo français, où Lyonnais et Dijonnais se réunissaient à la Croix rousse. Les années suivantes ont vu des stages s’organiser et des associations se former. Didg to Didg s’inscrit parfaitement dans cette évolution et permet à son tour d’alimenter cette motivation autour du didgeridoo européen.

Concert d’Oloji le vendredi soir, merci Othello Ravez pour m’avoir invité pour un duo tout en douceur.

 

…Mais les pièges sont difficiles à éviter

Une compétition reste une compétition

Cependant, tout n’est pas si rose et j’ai été tout de même interpellé par quelques pièges que pouvait provoquer un tel évènement.
Bien que Didg to didg soit extrêmement convivial (et j’insiste sur le mot « extrêmement » !!), il n’en reste pas moins que c’est une compétition. Il y a donc un vainqueur et des perdants. J’ai pu voir des joueurs déçus de ne pas être qualifiés, déçus d’avoir été éliminé. Il est cependant à noter que les organisateurs font un vrai travail pour expliquer ensuite aux joueurs éliminés pourquoi ils n’ont pas été retenus. Permettant ainsi à chacun d‘apprendre de ses erreurs pour mieux évoluer. Ceci étant, la compétition quoi qu’on en dise, désigne un gagnant et de nombreux perdants.

Le mode battle ferait-il oublier la musique ?

Si l’on traduit le mot « battle », on obtient en français « combat ». Une association musicale un peu rude ! Les mots sont tellement puissants et le terme « combat » est loin d’être anodin. Bon rassurons-nous, les battle sont un moment convivial, mais je ne peux pas dire que j’ai vraiment entendu beaucoup de musique pendant ces échanges. La plupart des joueurs envoyaient de la technique et des rythmiques, mais, à mon sens, peu ont su nourrir la musique. Le didgeridoo est bien trop souvent resté au service de la technique. Dans ce contexte, j’ai beaucoup aimé l’audace de Babu qui a joué traditionnel en 8 ème de finale. Bravo Babu, quel beau clin d’oeil !

Un événement pour les passionnés du didgeridoo

Au-delà de la technique, le véritable piège reste dans le fait de s’adresser à des passionnés de didgeridoo. Entendez que les joueurs de didgeridoo jouent pour les joueurs de didgeridoo. C’est à mon sens, le principal piège. Une communauté, qu’elle soit autour du didgeridoo ou des marmottes grises du Galapagos, apporte de belles qualités comme l’entre aide, l’écoute, la compréhension (à voir quand même pour les marmottes !)… Mais le piège du groupe est que ses membres ne finissent par s’adresser qu’aux membres de leur clan et d’oublier le reste du monde. Alors on joue pour les autres joueurs de didgeridoo en oubliant les 7 milliards d’individus qui sont juste à coté. Je noircis un peu le trait, mais il y a une forme de vérité là dessous…
Finale du Didg 2 Didg 2015 à Grenoble. Joao Vs Tom B !

Quelques conseils pour les joueurs de didgeridoo compétiteurs !

Même si ce genre d’évènement ne me parle pas spécialement, voici quelques conseils pour les compétiteurs qui pourraient s’avérer utiles à toutes celles et ceux qui aimeraient un jour ou l’autre tenter ou retenter leur chance au Didg to Didg !

L’évolution des rythmes

Pendant les qualifications et les battles, nous avions souvent deux configurations :
Le joueur jouait son rythme dès le départ, nous savions alors que cela ne changerait quasiment pas jusqu’à la fin.
Le joueur commençait doucement puis finissait par lancer son rythme pour le garder aussi jusqu’au bout du morceau.
Dans les deux cas, les surprises manquaient. Si vous êtes dans une compétition, allez jusqu’au bout de cet état d’esprit et surprenez votre public (et votre jury !). Tout le monde aime les surprises. 😃

Les transitions à améliorer

Bien que majoritairement les rythmes bougeaient peu, il est tout de même arriver plusieurs fois que des transitions arrivent. Cependant, elles faisaient bien souvent perdre le fil du morceau. Soit parce que le tempo était modifié, soit parce que la structure rythmique était brisée. Il serait donc bon de travailler tout ce qui est break, transition, enchaînement de rythme avec bien sûr, notre meilleur ami : le métronome. Encore et toujours !

Mais où sont passées les harmoniques ?

Aux dernières nouvelles, elles sont à Bora-bora en train de se la couler douce ! Plus personne n’en veut donc elles prennent des vacances. 😃
Je pensais qu’avec le temps ces chères harmoniques seraient tout de même un peu plus valorisées. Mais force est de constater que la vitesse (traduisez la maîtrise de la respiration) a largement remporté l’intérêt des joueurs. La beauté des harmoniques et la précision des attaques (c’est-à-dire l’articulation générale du jeu) s’en trouvent lésée. Néanmoins, cela reste cohérent au format compétition. Car tant que l’on cherchera à impressionner avec un didgeridoo la vitesse l’emportera. La poésie, quant à elle, est plus discrète, mais elle apporte finesse et délicatesse qui savent parler aux cœurs.
Amis joueurs, bossez vos harmoniques, la clarté de votre son et devenez des combattants poètes !

En conclusion : Didg 2 Didg, un gentil battle

Encore une fois, mon but n’est pas de casser du sucre sur Didg to Didg et ses participants, mais bien de partager mon point de vue et d’échanger des idées. Aujourd’hui, le monde du didgeridoo est fortement marqué par l’esprit du beatbox. Didg to Didg répond certainement à une attente d’une partie des joueurs. Toutefois, il vrai que j’aurais aimé entendre un Stephen Kent ou un Denra Durr pendant ces battles ! La surprise aurait été belle et audacieuse !
Dans tous les cas, un très grand BRAVO à l’association « Sur 1 Air 2 didg » qui a magnifiquement bien organisé cet évènement. Bravo aussi à Zalem pour cette idée qui encourage beaucoup de joueurs. Et félicitation à Tiago Francisquinho pour sa victoire solo, mais aussi à Julien Henneveux et Adrien B. Prana pour leur duo Underground cosmic didgs avec lequel ils ont remporté l’épreuve duo !
Et puis finalement, le principal étant que chacun vive sa musique (et sa vie !) dans la sincérité, la simplicité et la générosité du cœur.

Si ce que je dis vous fais réagir et que vous avez des remarques, des idées, des réflexions, partagez-les dans les commentaires ! Cela fera avancer la réflexion générale… Et bien sûr si l’envie vous prend : partagez cet article ! 😃

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