Durant ces 20 dernières années, une évolution majeure a secoué le didgeridoo mondial : l’accordage. La technique la plus répandue étant d’utiliser un système de coulisse. Ingénieux me direz-vous. Cependant, et même si c’est très séduisant, le caractère d’un didgeridoo se trouve aussi très limité avec cette technique. Ingénieux donc, mais pas forcément adapté à tout le monde.

Certains fabricants ont travaillé dur pour rendre notre cher bout de bois non plus monotone, mais accordable. Avant de nous lancer tête baissée dans une simple liste de didgeridoos à coulisses, regardons de plus près à qui s’adresse ce nouveau genre de didgeridoo. Il est important de savoir si ce type de didgeridoo sera adapté à vos besoins. Puis, une fois avoir pesé le pour et le contre, nous passerons en revue les didgeridoos à coulisses les plus célèbres de leur catégorie !

L’accordage d’un didgeridoo a un prix

Qui dit plusieurs notes (dans un seul instrument) dit automatiquement compromis. Je m’explique.

Afin d’ajuster les notes d’un didgeridoo, il faut en modifier sa longueur. Pour ce faire, le système le plus répandu (et dont je vais vous parler ici) se compose de deux tubes, ou plus, qui coulissent les un dans les autres. Disons-le tout de suite, l’idée est bonne et fonctionne très bien.

Seulement voilà, un didgeridoo est (pour faire simple) un mélange entre une forme conique et une forme cylindrique (voir aussi : 4 critères essentiels pour comprendre la psychologie de votre didgeridoo !). Or, vous l’aurez vite compris, pour que deux tubes puissent facilement coulisser l’un dans l’autre, la forme cylindrique est de mise. La partie conique peut être placée à la cloche, mais vous imaginez bien que cela restera limité.

Et c’est bien là tout le dilemme.

Le fait qu’il n’y ai qu’une forme (ou presque) dans un didgeridoo, aura pour conséquences de limiter le caractère de chaque note. C’est-à-dire qu’elles auront quasiment toutes le même caractère. De ce point de vue, l’expression du didgeridoo s’en trouve très limité.

Si l’on parle de caractère, alors aucun didgeridoo à coulisse ne pourra remplacer un instrument unique. C’est physiquement impossible. Or, c’est à mon avis ce qui est merveilleux avec cet instrument : deux didgeridoos en Ré peuvent avoir un timbre totalement différent. Par exemple, l’un pourra vous encourage à développer des attaques, du rythme ou encore de la vitesse. Tandis que l’autre vous accompagnera dans le travail des joues ou dans la rondeur du son par exemple.

Le bourdon de chacun de ces didgeridoos développera alors des fréquences bien particulières, qui n’appartiennent qu’à lui. Chacun d’entre eux aura donc son histoire à raconter. Et lorsque cette histoire rencontrera la vôtre, l’alchimie de la musique fera son travail. Et votre voyage pourra commencer. Et c’est bien là, toute la magie du didgeridoo.

“Sème un acte, tu récolteras une habitude ; sème une habitude, tu récolteras un caractère ; sème un caractère, tu récolteras une destinée.”

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Dalaï-Lama

Pour illustrer mes propos, voilà deux exemples audios tirés de mes recherches sur l’acoustique du didgeridoo (lire aussi : Pourquoi l’analyse des fréquences de votre didgeridoo va vous aider à mieux jouer !)

Didgeridoo en Ré fabriqué avec Bob Druett en Australie

Didgeridoo en Ré fabriqué par le fabricant australien CrooKedStiXz

Vous pouvez clairement entendre dans ces deux exemples sonores, la grande différence de caractère. On a affaire ici à deux bonshommes bien distincts !

Cependant, ne mélangeons pas tout et tâchons de mettre un peu d’eau dans notre vin (pour ceux qui me suivent depuis un moment, vous remarquerez que j’apprends à être plus tolérant ! Ahah !).

Le didgeridoo à coulisse, un didgeridoo pour jouer en groupe

Bon, on le sait maintenant, avec un didgeridoo accordable le caractère de l’instrument sera limité. C’est un fait. Fort heureusement, tout n’est pas perdu ! Et Jean-Yves Redor (l’inventeur des Woodslides, voir ci-après) ne vendrait pas des centaines d’instruments dans le monde entier depuis 10 ans si son concept étant sans intérêt.

Au fort caractère de l’instrument, il faut donc opposer une des grandes qualités de ce monde : l’adaptation. En effet, il est parfois bien venu de laisser un peu de caractère de côté afin de s’adapter en société. Et c’est exactement le rôle des didgeridoos à coulisses : se faufiler dans les soirées musicales et s’adapter aux nombreuses tonalités jouées. Pour ma part, je suis un joueur solo, je cherche donc le maximum de caractère dans mes instruments, mais beaucoup d’entre vous cherchent à jouer avec d’autres musiciens.

Dans de telles conditions, vous vous douterez bien que le didgeridoo à coulisse devient intéressant. En effet, pouvoir avec un seul instrument couvrir la majorité des notes les plus jouées est une prouesse que l’unique didgeridoo ne sait pas accomplir, et ce malgré toute sa bonne volonté (et son bon caractère ;-)).

“L’intelligence, c’est la faculté d’adaptation.”

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André Gide | Écrivain français

Ainsi, ce sont surtout vos besoins qui détermineront le choix d’un didgeridoo à coulisse. Si vous êtes amené à jouer avec d’autres musiciens alors la question peut se poser. Et bien sûr, l’un ne chasse pas l’autre. Ainsi, vous pouvez très bien avoir plusieurs didgeridoos, de caractère et à coulisse… Bref, la vie est spacieuse, il y a de la place pour tout le monde !

Allez, assez parlé, passons en revue les fameux instruments ! 🙂

Sept didgeridoos à coulisses à privilégier

Nb : je précise que je ne touche rien sur les ventes. Je suis indépendant et gagne ma vie en proposant des stages de didgeridoo et des formations de didgeridoo. Mes propos dans cet article ne concernent que mon avis, je ne peux que vous encourager à vous forger le vôtre. 

Le didjeribone

Le didgeribone a été inventé par Charli McMahon (australien). À l’époque, il avait eu un franc succès, c’était si je ne me trompe pas le premier didgeridoo à coulisse commercialisé. Je me rappelle que dans les débuts des années 2000, on en croisait pas mal. J’en avais eu un aussi (je me demande d’ailleurs ce qu’il est devenu !). Autant le dire de suite, ce didgeridoo est un peu dépassé par ce qui se fait à l’heure actuelle. À son époque, il a rendu de fiers services, mais son côté plastique le limite beaucoup dans son acoustique.
Cependant, un joueur comme Ronald Brown a su développer son propre style avec le didjeribone. Dans cet exemple précis, le didjeribone reste effectivement irremplaçable à moins d’investir dans un Korn Bass (voir ci-dessous) !

Ronald Brown jouant sur un didjeridone

Tessiture : De Sol grave à Sol aigüe
Taille min : 95cm
Taille max : 170cm
Poids : environ 0.5kg
Tarif : environ 110€
Où l’acheter ? Didgeridoo Breath – Australie

Le Slide Didge

Le Slide Didge est une variation du Didjeribone. Étant donné son plastique plus épais, il sonne bien mieux que le Didjeribone. Cependant, s’il peut suffire pour commencer à souffler, il deviendra rapidement limité à cause de cet aspect plastique dans le son encore une fois…

Greg de didgeridoo passion nous montre comment le Slide Didge fonctionne et sonne

Tessiture : De Sib grave à Fa aigüe
Taille min : 127cm
Taille max : 200cm
Poids : 1,6kg
Tarif : 89€
Où l’acheter ? Didgeridoo-Passion

Le Phônodidg

Les Phônodidgs sont développés et fabriqués par Franck Pillonetto, un joueur belge qui a su repousser les limites du PVC. Effectivement, si vous souhaitez fabriquer un didgeridoo à coulisse vous pouvez emboiter deux tubes de PVC l’un dans l’autre. Cela fonctionne. Mais soyons honnêtes, le système a aussi ses limites. Que ce soit au niveau des fuites d’air, comme au niveau acoustique. Partant de cette idée, Franck a donc développé ses propres instruments. Et force est de constater que le son à l’arrivée est bon (et pas trop plastique) pour un prix tout à fait raisonnable. Il est possible d’avoir jusqu’à 7 tubes (attention au poids dans ce cas-là) ! Cependant, la configuration 2 tubes semblent déjà largement suffisante (avec un prix tout à fait abordable) et donne des résultats très prometteurs.
N’ayant pas de Phônodidg, j’ai demandé à Othello Ravez, qui le joue régulièrement, ses retours sur l’instrument. Voici un résumé de sa réponse :

  • C’est un instrument lourd (précisons qu’Othello joue sur une configuration 4 tubes, grande ouverture, pour un poids de 5,5kg)
  • J’apprécie ce didge pour les notes graves, essentiellement de Sol grave à Si grave. En effet, pour ces notes, les basses sont stables et l’instrument est facile à sonoriser. En revanche, pour les notes plus aigües ou plus graves, le son a un timbre plastique.
  • L’instrument est fragile dû au plastique. Une chute et il casse. En revanche, le plastique se recolle très bien et le didgeridoo peut facilement reprendre de ses fonctions.
  • Les embouchures du fabricant sont encore à améliorer.
  • Il n’en reste pas moins que pour le rapport qualité son et prix c’est tip top. Pour les voyageurs, la configuration 2 tubes est excellente. C’est un bon didge d’étude. Enfin pour finir, j’ai le sentiment qu’avec ma configuration 4 tubes, le son est égal à celui des WoodSlides.

Le Phônodidg, une alternative utilisée par de nombreux joueurs dont Othello Ravez, ici avec son groupe Oloji.

Tessiture : Non fournie
Taille min : de 83cm à 85,50cm
Taille max : Non fournie
Poids : de 1,7kg à + de 6,5kg
Tarif : de 90€ à 730€
Où l’acheter ? Franck Pillonetto n’a pas de site, contactez-le par mail
Pour plus d’informations : Télécharger le PDF
Les indications ci-dessus se basent sur le PDF ci-dessus et fourni par Franck.

Hard Fiberglass Didgeridoo

Avec les didgeridoos d’Andrea Furlan, nous passons en mode couleur ! Même si celles-ci sont affaires de chacun, il faut reconnaitre que le travail de personnalisation des didgeridoos d’Andrea est abouti. Tout comme les Phônodidgs, vous avez la possibilité de choisir le nombre de tubes à la commande. Petit plus, l’embouchure est interchangeable et même s’il y a encore du chemin à parcourir, cela souligne un réel effort de recherche ! (lire aussi : À quand des embouchures dignes de nos didgeridoos ?

DidgBreath nous présente dans cette vidéo le Hard Fiberglass Didgeridoo d’Andrea Furlan

Tessiture : De Sol# grave à Sol
Taille min : 142cm
Taille max : 250cm
Poids : Non précisé
Où acheter ? Hard Fiberglass Didgeridoo
Les indications ci-dessus peuvent varier suivant le modèle.

WoodSlide

C’est un peu la star des didgeridoos à coulisse. Il faut dire que Jean-Yves, son inventeur, fait du très bon boulot. Les finitions sont impeccables, l’instrument est plutôt élégant avec des traits épurés. Et pour ne rien gâcher, les modèles de WoodSlide évoluent chaque année. En effet, Jean-Yves trouve toujours un moyen d’améliorer ses instruments, et ce malgré la contrainte de la forme. Bref, une performance que l’on ne peut que souligner ! Pour faire simple, si vous cherchez un didgeridoo à coulisse de qualité, je vous les conseille vivement.

Zalem jouant sur son WoodSlide – Live Looping – Multiverse

Tessiture : Du Fa# aigu au Sol grave
Taille min : 1m (gamme classic) ou 0,78m (gamme travel)
Taille max : 2,75m (gamme classic) ou 2,15m (gamme travel)
Poids : 3.8kg (gamme classic) ou 2.8kg (gamme travel)
Tarif : à partir de 900€ environ
Où acheter ? Le site de Jean-Yves Redor sera bientôt en ligne, en attendant retrouvez-le sur sa page Facebook.

Walter Strasser

Walter Strasser est un fabricant allemand. La première fois que j’ai essayé ses instruments, c’était au festival Suisse le Swizzeridoo. Si ma mémoire est bonne, c’était en 2007. Pour modifier les notes sans trop dénaturer le caractère de l’instrument, Walter a été malin. Il a ajouté une coulisse relativement courte dans la première partie du didgeridoo. Ainsi, le corps de l’instrument peut jouer avec l’aspect conique, tandis que la coulisse reste cylindrique. Un système qui m’avait fait forte impression à l’époque, d’autant plus que ces didgeridoos sont très bien réalisés. La contre-partie est une tessiture moins large qu’un didgeridoo à coulisse classique (voir ci-dessous).

Greg de didgeridoo-passion (encore lui ! ;-)) nous présente un didgeridoo de Walter Strasser.

Tessiture : Do, Do#, Ré, Ré#, Mi, Fa, Fa#
Taille min : Environ 1,65 m
Taille max : Environ 2,18 m
Poids : Environ 4kg
Tarif : À partir de 1450€ environ
Où acheter ? Walter Strasser
Les indications ci-dessus peuvent varier suivant le modèle.

Korn bass

Autant vous prévenir tout de suite, là, on entre dans un autre monde. David Defois a travaillé plusieurs années dans l’élaboration du Korn Bass. Peut-on encore parler de didgeridoo ? C’est le constat que pose Sylvain Jargot qui ne joue plus que du Korn Bass. Pour lui et David c’est effectivement une nouvelle approche, une tout autre manière d’appréhender l’instrument en jouant énormément sur les changements de notes. Voilà deux vidéos qui vous permettront de mieux comprendre le principe de ce nouvel instrument qui ouvre toute une voie de recherche.

Sylvain Grosjat faisant une démo du Korn Bass

Dodjoma avec Ludo jouant sur un Korn Bass

Tessiture : De Sol grave à Fa#
Taille min : 0,77m
Taille max : 1,46m
Poids : 3,2kg
Tarif : 3000€
Où l’acheter ? David Defois

Et encore, ça n’est pas fini…

Vous l’aurez compris, le choix est grand ! Et encore… Je n’ai pas parlé de la seconde alternative pour les didgeridoo accordable : le didgeridoos démontables. Avec ce modèle, il vous faudra interchanger la première partie avec une plus courte pour modifier la note du didgeridoo. Ici, il n’y a pas de modifications possibles de la note pendant le jeu mais le caractère est, en partie, conservé.

Pour dire vrai, je crois plus à ce genre d’instrument. Et je suis d’ailleurs actuellement en train de développer ma propre gamme de didgeridoo qui ira dans ce sens (avec un ébéniste lyonnais). Il reste encore du chemin, car avoir plusieurs notes de caractère avec un seul corps d’instrument reste un grand défi. Mais la recherche est lancée !

Si vous connaissez d’autres didgeridoo à coulisses, je vous encourage à les partager dans les commentaires. J’en ai certainement oublié. Vive la diversité ! Au plaisir de vous lire cher.e ami.e du didgeridoo !

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