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Quand on commence une nouvelle activité, on ne sait jamais à l’avance ce que l’on va réellement apprendre. Au-delà de la musique, voici cinq grandes leçons de vie que j’ai apprises grâce au didgeridoo. Il y a peu de temps, Nathalie une joueuse débutante, m’a écrit en me demandant comment j’avais vécu mes débuts au didgeridoo. J’allais lui répondre quand je me suis dit que je pourrais plutôt le faire sous forme d’article. Quand on peut partager au plus grand nombre, pourquoi s’en priver ?! Ce qui est amusant c’est que cette question sur mes débuts arrive à un moment plutôt particulier de mon parcours. En effet, ce 25 décembre 2016, cela fera 15 ans jour pour jour que je joue du didgeridoo. Nous allons donc commencer à ce moment-là : l’acquisition de mon premier instrument.

La découverte du didgeridoo grâce à Kaophonic tribu

Mais avant de narrer ma petite histoire, replaçons le contexte de l’époque.

Nous sommes en novembre 2001, j’ai 18 ans depuis juillet. Le soir, je suis livreur chez Pizza Hut pour gagner ma croûte et payer mon logement. La journée, je vais au lycée situé à deux pas de l’appartement que je partage avec une copine.
J’ai redoublé ma seconde, puis ma première et j’entame alors ma seconde première… Bref, je tourne en rond.
Le lycée m’ennuie à mourir et je me demande bien ce qu’il m’apporte.

C’est alors qu’un matin pas comme les autres, je réalise que ma vie serait absolument géniale si je pouvais ne garder que la livraison de pizza le soir. C’est vous dire le taux d’ennuis qui teintait ma vie ! Me rappelant alors les paroles de mes parents qui me disaient toujours : « À 18 ans, tu es majeur, tu fais ce que tu veux, tant que tu assumes. »

Mais c’est bien sûr !

Ni une ni deux, j’arrête le lycée et me lance dans ma nouvelle vie remplie de pizzas et d’amis. Quelle joie !
Et c’est précisément à ce moment-là que je découvre le didgeridoo. Grâce à Paul, mon cher frère jumeau qui, revenant d’un concert, m’avait acheté l’album de Kaophonic Tribu. En me l’offrant, il me dit : « Tu devrais écouter, il y a du didgeridoo. Je suis sûr que ça va te plaire. ». Belle intuition frangin. Un mois plus tard, je recevais mon premier didgeridoo pour Noël.

LE morceau de Kaophonic qui m’a fait adoré le didgeridoo.
J’adorais le passage à 3 minutes 19 !

Mon tout premier son au didgeridoo

L’émotion est forte. Je suis heureux et impatient.
Une fois le cadeau ouvert, je file dans mon ancienne chambre et tente de souffler à l’abri des regards. Il faut dire qu’à ce moment-là, je n’étais pas musicien et j’avais presque honte de me croire capable de faire de la musique.

Quand j’y pense… Je limitais tellement ma vie. Qu’on se le dise les amis, nous sommes tous musiciens, nous sommes tous peintres, créateurs, danseurs, poètes… Peu importe notre art, nous avons tous le droit de l’exprimer !

Mais revenons à ce moment charnière. Seul dans la pièce, je tente de faire vibrer mes lèvres comme je peux. On m’avait rapidement expliqué le principe et au bout de 10 minutes, un son est venu. Vous n’imaginez pas la sensation de joie que cela m’a procurée. Je commençais à souffler pour la première fois et ça n’était pas près de s’arrêter.

Fier de moi, je redescends alors discrètement pour continuer le réveillon. Je ne me rappelle plus si ma famille a essayé, mais vu l’effet qu’un didgeridoo provoque dans une soirée, il y a de fortes chances.

Ce dont je me souviens très bien en revanche, c’est le lendemain. Je jouais au tennis de table dans la grange avec Paul et j’avais posé mon didgeridoo debout contre le mur. C’est alors que j’entendis un son de bois sec claquant au sol… Aïe…
Je me retourne : le didgeridoo avait glissé et s’était retrouvé sur le sol cimenté. Il était fendu. Oh douleur !
Bon rien de grave finalement, car j’ai pu le faire changer. En effet, nous nous étions rendu compte qu’il était déjà fissuré de partout avant même ce fâcheux incident (d’où l’article sur les didgeridoos à éviter !).

Leçon n°1 : Ce sont par les rencontres que nous progressons

Commence alors la véritable histoire avec mon instrument, celle du quotidien. C’est bien connu, après la magie de la rencontre, le quotidien prend le relais et donne vie à la relation.

Durant le premier mois, honnêtement ça n’a pas été simple. Pourtant j’étais heureux de vivre avec lui. En me levant, je le voyais et il me procurait beaucoup de joie. On avait tout pour s’entendre ! Lui et moi c’était une évidence.

Jess, ma copine de l’époque, m’avait apporté une méthode de didgeridoo qui expliquait les bases du jeu. Jess soufflait aussi, et à mon grand désarroi, elle avait un son d’une richesse inouï (à en croire mon oreille de débutant !). Le mien était plutôt gras et baveux, loin des subtiles richesses de Jess… Je ne comprenais pas. Mon son était moche. Quant à elle, elle parvenait même à sortir des sons hallucinants en poussant des cris dans l’instrument (quelques mois après, j’ai réalisé que les cris n’étaient pas si fous que ça à produire !). Toujours est-il que je me sentais bien terne !

Cela me perturbait d’autant plus que je sentais au fond de moi un lien avec cet instrument. J’avais l’espoir d’avoir trouvé mon truc, mais je ne semblais absolument pas doué ! Ahah, voilà l’ironie de l’histoire. On m’aurait donné l’envie sans le talent ? Non, pas forcément, car comme le dit si bien Jacques Brel : “Le talent, ça n’existe pas. Le talent, c’est d’avoir envie de faire quelque chose.”

Jacques Brel ou la force de la poésie.

“Le talent, ça n’existe pas. Le talent, c’est d’avoir envie de faire quelque chose.”

En revanche, il me manquait une chose essentielle dans mon parcours : la rencontre. J’étais isolé dans ma pratique. Je n’avais personne sur qui m’appuyer.
J’en tirais donc ma première grande leçon : ce sont par les rencontres que nous progressons.

Apprendre à l’école de la vie

Un mois passe, j’ai pu comprendre très superficiellement la respiration circulaire grâce à la méthode que Jess m’avait apporté. Mais mon son est toujours aussi baveux et laid. Arrive alors un ami qui me parle d’une association de didgeridoo se réunissant toutes les semaines au centre-ville. Je suis sauvé !

Ni une ni deux, je m’y rends le jeudi suivant. Arrivé sous un porche de la place Emile Zola, des pavés mènent à une cour intérieure. Sur la gauche, une petite porte perce un grand bâtiment aveugle. J’ai le trac. J’entends les vibrations de basses qui percent déjà les murs. La porte s’ouvre et laisse découvrir un nouveau monde, mon nouveau monde. À ce moment-là, j’ignorais encore qu’il allait teinter toute ma vie.

Dans cette salle aux allures de grange en pleine ville, les uns soufflent dans leurs instruments, certains jonglent avec des massues et d’autres boivent à leur santé.
C’est dans cet univers que j’allais être propulsé dans la pratique du didgeridoo. J’avais trouvé ici une nouvelle école, bien plus riche à mon goût que l’ennuyeux lycée.

Le jeudi était réservé aux joueurs avancés. En tant que débutant, je pouvais venir le lundi. Jeff, un des piliers de l’association, y donnait des cours pour les novices.

C’est durant une de ces séances que j’ai compris une chose qui allait révolutionner ma manière de jouer : le souffle continu donne le rythme et non pas l’inverse !

Entendez par là que la respiration circulaire fait partie du rythme. Jusqu’à maintenant, je faisais des sons en me vidant de mon air, puis je respirais à la fin de la phrase, ralentissant tout mon rythme. Quelle erreur ! C’était donc pour ça que je n’arrivais jamais à faire de rythme régulier ! Il me fallait respirer dans la phrase par de courtes inspirations. Une révélation.

Que dis-je ! Une révolution !
Ça a été certainement ma plus grande prise de conscience et elle arriva grâce à Jeff. Jeff si tu me lit : merci !

Leçon n°2 : La persévérance

À cette époque, nous étions trois débutants tout frais, tout neufs. Ma copine avait délaissé petit à petit le didgeridoo. Mon frère Paul jouait beaucoup. Cependant pour d’obscures raisons, nous avions entre lui et moi un accord tacite depuis toujours : si l’un de nous se mettait à fond dans un domaine, l’autre se plaçait en retrait. Il dessinait, moi pas. Il jouait aux échecs, je survolais la discipline. Je jouais du didgeridoo, il soufflait de temps en temps. Ça n’est donc pas vraiment Paul qui me marqua le plus, bien qu’il eut un chouette style !

Non, c’est Dorian. Dorian, comme Jessica, apprenait vite. Il avait un didgeridoo au son puissant et arrivait à passer des phrasés impressionnants. Je me sentais tout petit à côté. Il avait une technique qui me semblait déjà au bout de quelques mois, très impressionnante. Je commençais à accepter que j’étais un débutant lent. Et j’ai compris que j’avais simplement besoin de beaucoup d’heures de pratique pour progresser. Ce que je fis.
Notre trio continua deux années environ. Nous avions même fini par monter un petit groupe que l’on avait appelé « Yidaki ». Mais Dorian a ensuite continué sa route, Paul a acheté un camion pour aller vadrouiller et je me suis retrouvé seul à continuer de souffler.

Cela m’a appris une deuxième leçon : la persévérance.

Peu importe si vous êtes doué ou non au départ. Le plus nécessaire est d’être persévérant. Une phrase somme toute banale à lire, la clé étant de la vivre.

“En persévérant on arrive à tout.” Théocrite

Leçon 3 : Trouver son propre défi

À ce moment-là de ma vie, on ne peut pas dire que j’étais le plus serein et le plus stable des êtres humains. Mes années d’adolescence n’avaient pas été sans heurt et avaient laissé quelques blessures dont je m’évertuais à trouver des baumes.

Quand je jouais mon instrument, cela me nourrissait. Je jouais tellement que mes amis ne me voyaient plus, ils m’entendaient. J’étais toujours avec mon didgeridoo et rapidement, je m’éclipsais pour aller jouer. Je me souviens même d’une réflexion de l’un d’entre eux : « Gauthier, depuis que tu joues du didgeridoo, on ne te voit plus. ».

Ceci étant, il y avait autre chose qui jouait avec moi : mon envie d’être reconnu (ceci expliquant cela, lire l’article : comment s’assurer de perdre sa passion du didgeridoo).

À l’association, il y avait Greg. Greg était mon mentor. Vous savez, celui qui a la classe. On le voit peu, mais on en parle beaucoup. Quand il venait, c’était : « Purée il y a Greg qui est là ce soir ». Il m’impressionnait tellement et j’adorais son jeu. Il jouait dans plusieurs groupes du coin, était plus âgé que moi, étudiait la musique. Bref, il était une sorte de légende à mes yeux.

J’étais plutôt réservé avec Greg et je tâchais de peu montrer mon admiration. J’attendais sa reconnaissance de mentor. Mais bien sûr elle n’arrivait pas, ou en tout cas, pas comme je l’imaginais. À cette époque, je doutais tellement de qui j’étais, que j’en devenais un peu parano. Alors j’ai fini par interpréter une des réactions de Greg en pensant qu’il me méprisait (en discutant avec lui des années plus tard, je me suis rendu compte que j’avais complètement fabulé !).

Toujours est-il que j’ai décidé ce jour-là de devenir meilleur que lui, peut-être par vengeance… Je ne sais pas vraiment. Dans tous les cas, ce fût ainsi et cela m’a donné un challenge pour avancer.

C’est donc la troisième leçon : trouver son propre défi.

En se gardant bien des pièges de la compétition, le fait d’avoir un challenge à relever est très motivant pour jouer régulièrement. À vous de trouver le vôtre !

Leçon 4 : Toujours faire confiance à son intuition et vérifier par soi-même

Et puis il y a eu le premier festival du Rêve de l’Aborigène en juillet 2002. Ça a été pour moi une grande découverte. Je ne vais pas développer à nouveau ce que j’ai déjà écrit dans l’article : Le rêve de l’Aborigène : 15 ans de souvenirs) . Mais globalement c’était les mêmes sensations qu’en découvrant l’association, à ceci près que nous n’étions pas 10 joueurs, mais des centaines.
De ce festival, se sont organisées les premières rencontres de joueurs, puis les premiers stages. Ce grand mouvement allait façonner un savoir encore rudimentaire en un langage commun.

En rencontrant tous ces joueurs, j’ai pu échanger, écouter des techniques, poser des questions. Et bien souvent, quand le joueur expliquait sa technique, quelque chose en moi me disait qu’il faisait une erreur dans son analyse. Bien sûr, j’avais peu de recul sur la pratique, mais j’écoutais ma petite voix. J’ai donc passé beaucoup d’heures à tâcher de décortiquer les techniques entendues à droite à gauche. Tout cela a façonné un certain esprit de recherche qui a abouti à l’écriture de ma méthode de didgeridoo des années plus tard.

Ce qui nous amène à la quatrième leçon : toujours faire confiance à son intuition et vérifier par soi-même.

“Les théories ont causé plus d’expériences que les expériences n’ont causé de théories.” Joseph Joubert

Il ne suffit pas d’écouter les joueurs plus expérimentés et de les suivre aveuglément pour progresser. Il faut surtout le vérifier par l’expérience.

Écoutons notre petite voix, elle nous chuchote de grands secrets (vous pouvez aussi lire l’article : De l’intuition à la raison : le chemin pour devenir Gandalf au didgeridoo !).

Leçon 5 : Il ne suffit pas de jouer pour progresser, il faut s’immerger

Il va sans dire qu’à cette période je jouais beaucoup, plusieurs heures par jour. Mais ce qui est encore plus important c’est que je jouais sans jouer. Je vivais didgeridoo, je pensais didgeridoo, je chantais didgeridoo, je respirais didgeridoo.

pizza-livreurAssis sur ma mobylette Pizza Hut, habillé en petit livreur noir et rouge, il m’arrivait même de tester la puissance de mes cris. En croisant un piéton, je poussais un cri comme dans mon didgeridoo. Puis je regardais dans mon rétro de mobylette pour vérifier si il se retournait. Si tel était le cas, je considérais mon cri suffisamment puissant. Je recommençais alors au prochain piéton. Oui, j’étais à fond !
C’est la cinquième leçon : il ne suffit pas de jouer pour progresser, il faut s’immerger. (J’en parle dans les 10 conseils pour débuter au didgeridoo.)

Faisons le point

Si je vous raconte tout ça, ça n’est pas pour étaler ma vie sur internet. Évidemment, j’aurais pu juste vous dire combien d’heures je jouais par jour ou tout autre détail croustillant, mais croyez-vous que cela aurait été suffisant ? D’ailleurs, je ne me rappelle absolument pas combien de temps je jouais par jour. Je vous raconterais des bêtises !

Chaque événement arrive dans un contexte de vie. Nos réactions dépendent de ce contexte sur les bases de notre histoire. Tout mon parcours de didgeridoo est inévitablement à replacer dans l’univers de l’époque. Pour y voir plus clair, résumons donc ce petit bout d’histoire :

  • J’avais 18 ans.
  • J’étais sans diplôme.
  • Je faisais des petits boulots sans avenir.
  • J’étais dévoré par un besoin de reconnaissance.
  • J’avais soif d’exprimer un intérieur qui grondait.
  • J’avais l’esprit de recherche.
  • Je voulais comprendre.

En conclusion

À y regarder de plus près, j’avais toutes les couleurs pour peindre ma vie en musique. Tout de même, reconnaissons-le, la vie a du génie ! Elle a un don pour nous surprendre et nous apporter ce qui est parfaitement juste à chaque instant. Impressionnant.

Il est maintenant important de vous questionner : qui êtes-vous ? Qu’avez-vous à dire ? Qu’est-ce qui vous motive ? Quel est votre défi ? Qu’est-ce qui vous nourrit ? Quelles couleurs souhaitez-vous donner à votre vie ?
Nul besoin de se contraindre à travailler son instrument des heures par jour si vous n’en avez pas envie.
Faites simplement ce qui vous rend heureux !

Et si vous souhaitez partager votre expérience de débutant ou des souvenirs, commentez cet article. Je vous l’ai déjà dis, vos commentaires sont très encourageants ! Merci !

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